Le Père Vignéras nous parle

Crise sanitaire du Covid-19

Fil d'actualité destiné aux paroissiens de Notre-Dame-de-Lorette, Saint-Martin-en-Basse-Marche et Saint-Pierre-Saint-Paul
 

Homélie du Père Vignéras pour le dimanche de la Pentecôte

  

Ah, le vent de Pentecôte ! On l’attendait fort celui-là ! Puissant et généreux, bousculant les habitudes et libérant le meilleur des capacités humaines ! Je ne parle pas bien sûr du verbe haut des bonimenteurs de toutes sortes, ni des pots d’échappement soudainement pris de frénésie de bitume. Je parle du souffle de Dieu, le souffle du Ressuscité qui retourne les sagesses humaines en grand printemps de l’Esprit pour faire toutes choses nouvelles ! 

Ah, le vent de Pentecôte ! Depuis avant Pâques, les disciples étaient noués dans la peur et les voici dehors. Ils étaient enfermés, et c’est leur parole qui s’est libérée avec audace. Ils connaissaient les différences qui éloignent – les juifs et les païens, les esclaves et les hommes libres, les femmes et les hommes, etc.- et qui créent la violence, et maintenant chacun entend dans sa propre langue les merveilles de Dieu. Ils étaient si peu nombreux et sans aucun moyen, et c’est désormais le Christ Vivant qui conduit, appelle, oriente, déborde les murs de l’impossible. Ils étaient prisonniers du passé, de leurs faits et gestes, les voilà délivrés de tout mal pour semer gracieusement la miséricorde ! 

Ah, le vent de Pentecôte ! L’évangile de Jean nous l’annonce le soir de Pâques, dans le souffle de Jésus sur ses disciples. Le Livre des Actes, selon St Luc, nous en donne le récit 50 jours après la Pâque. Les intentions théologiques se conjuguent heureusement et il ne faudrait évidemment pas les opposer pour savoir qui a raison ! C’est l’Esprit de Jésus, et il manifeste l’enracinement dans la foi pascale. Ce qui était donné à quelques-uns, quelques-unes, le matin de Pâques est maintenant manifesté à tous, ce tous que représentent les foules en pèlerinage à Jérusalem pour la fête juive de Shavouot, la Pentecôte du Judaïsme qui fête à la fois le don de la Torah à Moïse sur la montagne, et l’offrande des prémices des récoltes comme action de grâces au Dieu qui fait vivre.

Ah, le vent de Pentecôte ! Il brise les petits cénacles fermés, et le cycle des habitudes. Dehors, dit l’Esprit ! Au plein vent, dans la pâte humaine, là où ça sent l’odeur des brebis, là où ça n’est pas carré, dans la fragilité, la vulnérabilité, là où ça cherche en tâtonnant, là où ça pousse en herbes folles, là où c’est humain de chez humain… Dehors, je vous envoie, dit Jésus, comme le Père m’a envoyé dans votre chair, dans vos histoires, vos désirs et vos mesquineries, vos jeux du coude et vos larmes au creux de la nuit. Là où le monde poursuit sa course débridée, là où un petit enfant serre le cou de sa maman, là où un vieillard meurt seul. 

L’évangile sauvera l’Eglise et l’Esprit Saint la sortira de son confinement ! Car c’est l’Evangile du Christ et le souffle du Christ, pour que nous soyons l’Eglise du Christ, pas celle des convenances et des compromis, pas celle des nostalgies et des divisions idéologiques, pas celle de l’entre soi et des embourgeoisements. L’Esprit est notre réconfort et notre force, il est notre mémoire et notre avenir, il est source d’unité dans la diversité des charismes.

Comment l’Esprit enracinera-t-il dans nos pratiques chrétiennes les chemins qui ont peut-être marqués les semaines que nous venons de vivre, qui ne sont pas, je le crois dans la foi, seulement une parenthèse sanitaire dans une forme d’autisme nécessaire contre la pandémie. Il y aura besoin de vraies relectures de ce qui s’est passé, de ce que nous avons vécu. Il y a eu le pardon devant les râleurs perpétuels et sûrs de leurs droits, il y a eu le sourire agacé devant du cléricalisme florissant, il y a eu des questions devant d’apparentes démissions de responsabilités… Mais il y a surtout les merveilles de Dieu que chacun a entendues et vues dans la propre langue de son univers familial, ou dans son environnement de quartier ou de village, et dans le monde professionnel. Il y a eu des moments familiaux qui ont renouvelé confiance et délicatesses. Il y a eu des cœurs et des mains ouvertes qui ne se sont pas seulement indignées mais qui ont engagé de vrais services. Il y a eu des pages de la Bible et des grains de chapelet, il y a eu des angélus et des cierges. Il y a des mamans qui ont commenté l’évangile du dimanche avec leurs mots adaptés aux petits. Il y a eu des processions virtuelles et des heures de téléphone pour rassurer, prendre des nouvelles, demander si besoin.

Ah, le vent de Pentecôte ! L’Esprit de Jésus comme une force est tombé sur les disciples comme la foudre qui brûle tout. Alors, ils ont quitté la peur, ils se sont souvenus qu’ils n’avaient été appelés et rassemblés que pour être envoyés en mission, pour annoncer l’amour de Dieu, pour vivre eux-mêmes et témoigner de la Bonne Nouvelle de la Résurrection. Le Seigneur marche à nos côtés, il est Lumière et Salut, de qui aurions-nous crainte ? 

Marie se tenait avec eux, fidèle aux prières et aux enseignements des apôtres, présente au repas du Seigneur et soucieuse des plus fragiles. Marie est Mère de l’Eglise, que le Pape François nous appelle à célébrer demain dans l’élan de la Pentecôte, dans le mouvement de sortie de l’Eglise à la suite de son Maître et Seigneur.

Ah, le vent de Pentecôte ! Qu’il soit notre vrai déconfinement ! Amen.

 

Père Bernard Vignéras

 

 

 

Courrier du Père Vignéras à ses paroissiens

 

 

Message du Père Vignéras pour la reprise des messes à l'occasion de la solennité de la Pentecôte

  

Paroisses

Saint-Martin-en-Basse-Marche, Notre-Dame-de-Lorette, Saint-Pierre-et-Saint Paul

 Précautions sanitaires adoptées pour nos églises

Un rappel : nous sommes en déconfinement, le virus aussi !

 

  • Les personnes vulnérables du fait de leur santé ou de leur âge sont encouragées à une particulière prudence. Cela vaut pour la participation aux réunions et célébrations liturgiques. Rappelons que la messe est télévisée le dimanche matin.
  • Le port du masque est OBLIGATOIRE (pas d’entrée dans l’église sans masque). De même, se laver les mains avec du gel hydroalcoolique en entrant et en sortant (des bénévoles vous le proposeront).
    • Pas d’attroupement devant l’église avant et après la messe. Hors et dans l’église, garder une distance minimale de 1,5 m avec les autres personnes. Rester attentif aux consignes qui nous seront données au fur et à mesure de la célébration.
    • L’église a été désinfectée avant votre passage et le sera encore après la célébration. Evitez cependant de toucher la porte, les statues, ni quoi que ce soit d’autre.
    • Les places non disponibles sont indiquées. Merci de respecter les distances sanitaires, y compris les couples et familles et de ne pas déplacer les papiers collés sur les sièges.
    • Une feuille d’assemblée à usage unique vous sera proposée. Vous l’emporterez avec vous en fin de célébration.
    • Éviter de se serrer la main et de s’embrasser conduit, dans la liturgie, à s’abstenir d’un geste de paix tactile. On le fera en s’inclinant les uns vers les autres.
    • Merci de respecter le mouvement qui vous sera proposé pour le déplacement de communion. La communion eucharistique ne peut être donnée que dans les mains. Le ministre de la communion portera un masque.
    • Les bénitiers présents dans l'église sont vidés – les panières de quête sont disposées à l’entrée et sortie de l’église.
    • Les lecteurs et sacristains seront désignés à l’avance et respecteront le protocole qui leur est fixé.

J’invite chacun à respecter ces consignes de bon sens, dans un esprit civique. Nous prierons plus particulièrement pour les malades et les soignants, pour tous ceux et celles que cette épidémie fragilise.  Par ailleurs, nous continuons dans l’esprit de service auprès des plus fragiles.

La fraternité évangélique doit nous rendre inventifs !   

 

Père Bernard Vignéras, curé des trois paroisses 

 

 

Reprise des messes dominicales dans deux églises (Bellac et Mézières-sur-Issoire) pour la paroisse Notre-Dame-de-Lorette, à compter de La Pentecôte et pour le mois de juin 

 

 

 

Homélie du Père Vignéras pour le 24 mai, 7ème dimanche de Pâques

  

Evangile selon Saint Jean (17, 1b-11a)

« L’heure est venue ! » Certains penseront peut-être que oui, enfin, l’heure de retrouver la messe est venue, et ils auront raison puisque le Ministre de l’Intérieur en a autorisé la reprise hier dans la journée. Il faudra juste s’entendre sur ce que nous allons retrouver : la communion eucharistique, certes, mais aussi l’écoute de la Parole en Eglise, l’appel à se convertir pour suivre le Christ, l’envoi en mission comme disciples et apôtres, ce qui est bien plus et tout aussi important que la réception de l’hostie consacrée ! Cela étant, on ne peut que se réjouir de retrouver une vie ecclésiale plus habituelle. 

« L’heure est venue ! » Le récit d’évangile au chapitre 17ème de St Jean précède de peu le récit de la Passion de Jésus. St Jean nous a d’ailleurs progressivement habitués à attendre cette heure. A Cana, l’heure n’est pas encore venue, et il en va de même encore deux autres fois, aux chapitres 7 et 8. Puis l’évangile, par trois fois encore, va ensuite faire l’inverse. « Voici venue l’heure », proclame Jésus lui-même au moment de terminer son ministère public à Jérusalem (12, 23). C’est « … l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié ». Le lecteur comprend peu à peu qu’il faudra identifier l’heure de Jésus à celle de sa mort. Et, de fait, c’est bien celle-ci qui se trouve évoquée aussitôt après : « … si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas… » (12, 24). La mort ferait-elle donc partie de la glorification ? Ainsi donc, récapitule le lecteur, l’heure de Jésus est celle de sa glorification. Et celle-ci apparaît équivalente de l’élévation, laquelle, à son tour, paraît l’être – au moins en partie – de la mort en croix. 

« Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » (13, 1) « Passer de ce monde » : voilà qui renvoie à la mort de Jésus ; « passer à son Père », voilà qui renvoie à la résurrection. Le lecteur est enfin fixé : l’heure de Jésus, c’est, de manière indissociable, celle de sa mort et de sa résurrection. Comme son élévation commence par la croix avant de s’achever dans la gloire. Comme le processus de germination exige que le grain de blé meure d’abord pour pouvoir ensuite porter beaucoup de fruit. L’heure de Jésus, c’est donc, en définitive, ce que nous avons l’habitude de désigner comme le mystère pascal, avec les deux facettes inséparables d’ombre et de lumière. 

Dans la lecture de ce dimanche, la venue de l’heure est mentionnée pour la troisième fois : « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie ». Alors qu’en évoquant le grain de blé, la glorification renvoyait principalement à la mort de Jésus, ici, au contraire, c’est le versant de lumière qui se trouve privilégié, comme le fait comprendre la suite : « Et maintenant, Père, glorifie-moi de la gloire que j’avais auprès de toi avant que fût le monde. » (17, 4).

L’heure est venue, et maintenant, elle est accomplie. « Je viens vers toi », dit Jésus à la fin de notre séquence. A cette heure-là, s’en substitue une autre, désormais, que nous pourrions appeler l’heure de l’Esprit. Là encore, il faudrait relire dans tout l’évangile comment l’auteur prépare et accompagne son auditoire, en multipliant les annonces et les promesses, en provoquant chez le lecteur un questionnement auquel on se garde bien de répondre, sinon en suggérant à chaque fois quelque bribe nouvelle. Jésus baptisera dans l’Esprit Saint, annonce dans un premier temps le Baptiste (Jean 1, 33). Cet Esprit jouera un rôle capital, affirme ensuite Jésus lui-même à Nicodème, puisque c’est lui qui permettra de naître au monde de Dieu et d’entrer en communion avec lui (3, 5-8). Cet Esprit, renchérit dans un second temps le Baptiste, sera donné sans mesure (3, 34). C’est lui encore, annonce Jésus à la Samaritaine, qui pourra faire des humains d’authentiques adorateurs du Père (4, 23-24). Mais, se demande le lecteur, quand cela arrivera-t-il ? Quand donc viendra-t-il ce temps de l’Esprit dont, mystérieusement, on parle toujours au futur ? Et en quoi donc consistera ce singulier baptême dans l’Esprit ? Comment le don généreux qui sera fait de ce dernier se produira-t-il exactement ? L’Esprit, apprend-on finalement au chapitre 7, sera donné lorsque Jésus aura été glorifié (7, 37-39). Voilà donc la réponse qu’on attendait. Mais que signifie-t-elle au juste ? Le suspense se trouve relancé puisque c’est la première fois en ce passage qu’il est question de glorification. Le terme est employé au moins une vingtaine de fois, de sorte que le lecteur et nous aujourd’hui pouvons identifier avec précision ce moment du don de l’Esprit, et c’est maintenant ! 

En ce septième dimanche du temps pascal, après avoir célébré jeudi la solennité de l’Ascension du Seigneur, nous voici dans un temps d’attente, l’attente de la promesse de Jésus qui annonce la venue du Paraclet, le défenseur, le réconfort, dans la joie de la Pentecôte ! Et c’est l’Esprit qui fait entrer dans l’intimité du Père et du Fils, qui nous rend participant de sa gloire. 

« La vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » Voilà, de la bouche de Jésus lui-même, une définition de la vie éternelle : Jésus parle au présent et il décrit la vie éternelle comme un état, l’état de ceux qui connaissent Dieu et le Christ, par la grâce de l’Esprit.

C’est le présent de l’Alliance scellée par Dieu pour que nous soyons des vivants. La maladie du Covid est en grande partie une maladie respiratoire. Et la période que nous avons traversée nous a coupés le souffle. Aujourd’hui encore, une certaine angoisse paralyse et les incertitudes retiennent notre respiration. C’est pourquoi nous demandons l’Esprit, afin de retrouver à pleins poumons une vie raisonnable, fraternelle et attentive aux plus vulnérables. C’est pourquoi nous recueillons avec reconnaissance les mille signes de l’Esprit qui nous a rendus imaginatifs pour vivre notre foi et nos engagements au service les uns des autres. C’est pourquoi nous faisons confiance à l’Esprit pour guider nos communautés chrétiennes qui ne feront sans doute plus exactement comme avant après cette expérience. 

« L’heure est venue ! » Dans la sagesse et la prudence qui conviennent, entrons dans la force de l’Esprit qui transforme nos impatiences en chemin de conversion et de sainteté !

Amen. 

Père Bernard Vignéras

 

 

Homélie du Père Vignéras pour le 21 mai, solennité de l'Ascension

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 28, 16-20)

En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : 

« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »               

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Entre ciel et terre ! Quand on regarde les images qui évoquent l’ascension de Jésus, on représente une figure humaine entre ciel et terre, les pieds sur un nuage, le ciel ouvert et des hommes en bas, le nez en l’air, avec quelquefois des anges pour escorter le personnage central. Comment dire, en effet, cette scène particulière ? Depuis la résurrection, le Christ s’est montré de façon parcimonieuse, les évangiles disant à la fois le réalisme de la chair relevée d’entre les morts et quelque chose de nouveau qui s’exprime par la lumière. Les peintres figurent une élévation, dans la transition entre ce monde et celui de Dieu. Le texte des Actes des Apôtres parle d’une nuée qui emporte Jésus. 

Dans la Bible, la nuée est une manière de parler de la présence de Dieu. Le prophète Elie, « l’homme de Dieu », lui, avait eu droit à un char de feu pour être envoyé au ciel (2 R 2, 1-14), et avant lui, c’était Hénok (Gn 5, 23-24) qui avait été enlevé au ciel. Hénok et Elie sont deux hommes tellement remplis de la présence de Dieu que l’Ecriture relate comme une continuité immédiate pour eux entre la terre et le ciel. Hénok et Elie sont deux figures importantes dans le courant apocalyptique du judaïsme. On s’attend à ce qu’Elie revienne sur terre pour annoncer la fin des temps. Les légendes juives sont fort nombreuses à propos d’Élie et se retrouvent dans la Aggadah, une collection de textes rabbiniques. Dans ces textes, on voit que les rabbins ont inventé de nouvelles aventures extrabibliques à Élie. Elles commencent après son enlèvement et se terminent à la fin de l’histoire de l’humanité. Ainsi, lorsque les gens se demandent qui est Jésus, certains affirment qu’il est Élie attendu pour annoncer la fin des temps.

L’Ascension du Christ, c’est d’abord sa promesse d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps, malgré son absence apparente à nos yeux de chair, et donc de continuer mystérieusement sa présence à la vie et à l’histoire des hommes. C’est la promesse que jamais plus l’humanité ne peut se croire abandonnée à son sort, et jamais plus non plus les conditions réelles, humaines, sociales de son existence ne peuvent être comprises comme étrangères à la volonté de Dieu et à son projet d’amour et de sanctification du monde. 

Celui qui monte au ciel devant les yeux ébahis de ses disciples, n’est pas celui qui nous abandonne, il est celui qui nous entraîne. Quand nous le voyons disparaître comme les disciples l’ont vu disparaître, nous pouvons certes être saisis de trouble et de crainte. Qu’allons-nous devenir s’il n’est plus là ? Mais lui leur avait dit pour les préparer : « Il est bon pour vous que je m’en aille », sinon vous n’aurez pas l’Esprit-Saint. Et il en a fait des apôtres, des envoyés pour être désormais, en son Nom, la présence aimante de Dieu au milieu du monde. 

Il nous quitte, non pour nous abandonner, mais pour assurer à l’humanité une présence infiniment plus large que celle qu’il pourrait maintenir physiquement en étant à Jérusalem. Il ne s’agit plus simplement d’être au milieu de quelques centaines de personnes, mais d’être présent à l’humanité entière par la puissance de son Esprit manifesté à travers la vie de son Corps ressuscité qui est l’Église. 

C’est pourquoi il nous faut regarder le ciel sans oublier la terre et réciproquement ! C’est sans doute un paradoxe pour le chrétien, un paradoxe pas toujours simple pour lui, un paradoxe pas toujours compris par les autres. C’est parfois aussi un motif de division dans les sensibilités d’Eglise, les uns accusant les autres de planer, les seconds taxant les premiers d’humanistes d’ONG, selon un raccourci trop réducteur.  

C’est toute la complexité de l’Incarnation de Dieu qui prend chair dans notre histoire, jusqu’à nous conduire par la passion et la croix de Jésus vers la Gloire de la vie éternelle par la Résurrection du fils de l’Homme. C’est pourquoi nous n’avons pas à choisir en opposant les choses terrestres, humaines, parfois trop humaines et les choses de la vie intérieure, la part ineffable en chacun et le monde de Dieu, mais à relier en ordonnant l’un à l’autre. 

Son Royaume n’est pas de ce monde, mais il est déjà commencé en ce monde ! C’est pour cela que nous avons besoin de l’Esprit que Jésus promet avant de quitter ses disciples, pour prendre à bras le corps ce monde comme il se cherche et comme Dieu nous le confie, afin d’y annoncer une Bonne Nouvelle de vie, d’y être témoins du bien de Dieu et de construire avec Lui, du sein de la famille humaine, un peuple nouveau habité de joie, de paix et de miséricorde.  Le chrétien met ses espoirs dans le progrès du monde, mais il vit dans la certitude que lui assurent les promesses de Dieu qui est au ciel. Citoyen de la terre et citoyen du ciel, les pieds par terre, la tête dans le ciel, pécheur fragile et vulnérable, et en même temps créature très bonne selon la volonté de Dieu.

« Dieu divinise ce que l’homme humanise » écrivait le Père Varillon. Attendons la grâce de la fête de la Pentecôte où l’Esprit nous donnera la force de regarder et d’unir les deux : la terre et le ciel. Amen. 

Père Bernard Vignéras

 

 

 

 

Homélie du Père Vignéras pour le 17 mai, 6ème dimanche de Pâques

 

« Vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi ! » Celui qui parle a pris la place d’un esclave et il vient de laver les pieds de ses disciples, au soir du repas livré dans le pain partagé en mémoire de Lui. Vivant ! 

Les heures qui suivent s’acharneront sur le serviteur souffrant, jusqu’à dénier sa vie, dans le rire de la mort. Pour qui se prend-il, ce péquenot à l’accent du nord ? Ce romantique qui s’épanche sur la racaille ? Ce petit laïc qui croit vous en remontrer en matière de sagesse divine ? Cet halluciné dont la voix est comme une source ? Les apparences veulent qu’on en finisse avec cette histoire-là. La religion des sérieux ne s’accommode guère de ces intimités de cœur à cœur. On ne plaisante pas avec la morgue de ceux qui savent tout de Dieu et qui l’encagent dans leurs dogmes. Dieu est Dieu, nom de Lui, bien trop magistral pour murmurer au creux des petits. A mort, le rêveur ! 

Pourtant les heures qui suivent n’auront pas le dernier mot, les sages et les savants non plus ! « Vivant », vous m’entendez ? Vivant au milieu de vous, les déjà presque morts ! Vivant de l’amour qui ne meurt pas, de la démesure de l’amour qui vous relève par pure grâce. Vivant, pour nous faire renaître du Dieu vivant. « Vous vivrez aussi ! »

Il promet l’Esprit, le ‘réconfort’ pour traduire comme Chouraqui. Un avocat, un défenseur venu de Dieu, pour la vérité, pour l’accomplissement, pour que triomphe la vie qui ne désespère plus.

Il offre ce qu’annonçait le prophète Ezéchiel : « je vous donnerai un esprit nouveau, je mettrai en vous cet esprit et vous vivrez ! » (Ez 36-37) et ce que prophétisait Joël pour toutes les nations : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair. » (Jl 3,1)

Alors, elles tintent, les oreilles des apôtres ! S’il peut dire : « l’Esprit de vérité demeure auprès de vous, et il sera en vous », c’est pour leur annoncer que le grand jour de l’Alliance définitive est arrivé. Nous, nous avons du mal avec ses sentences un peu lourdes et énigmatiques, dont St Jean tapisse son évangile, comme par exemple : « je suis dans le Père et le Père est en moi ». Nous avons du mal et pourtant, c’est clair ! La grande attente de tous les croyants du Premier Testament, c’était la présence de Dieu au milieu de son peuple ; c’était l’enjeu de la Tente de la Rencontre pendant l’Exode, prolongée par le Temple de Jérusalem. Et puis, s’est formée l’attente d’une l’Alliance Nouvelle où Dieu demeurerait, non pas dans des bâtiments, mais dans le coeur de son peuple, où il serait intimement présent à chaque coeur croyant ; et Dieu l’avait promis : par la bouche d’Ezéchiel encore : « Ma demeure sera auprès d’eux ; je serai leur Dieu et eux seront mon peuple » (Ez 37,2-27), ou encore Zacharie : « Crie de joie, réjouis-toi, fille de Sion, car me voici, je viens demeurer au milieu de toi. » (Za 2,14) 

Nous avons du mal à le croire et mille raisons pour dire que c’est peut-être même faux. Dieu avec nous ? Dieu toujours là ? Dieu présence active ?

« Le monde ne peut le recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas… » Les mots de Jésus n’accusent pas, mais son constat est toujours vrai. C’est pourquoi il veut nous transmettre cet Esprit de vérité, justement pour que nous soyons les témoins, les serviteurs et les missionnaires de sa puissance de vie. Il ne l’envoie pas au bénéfice d’une petite secte repliée sur elle-même et jalouse de ses prérogatives, il le souffle pour jeter ses disciples au grand vent de l’humanité, pour qu’elle vive et qu’elle aime en vérité. 

Ils ne feront pas de grands discours et ils n’auront d’autre assurance que la prière de Jésus tourné vers son Père. Ils garderont les commandements pour choisir la vie et changer l’esprit du monde en un esprit de paix, de joie et d’espérance. Ils traverseront des croix de souffrance et de mépris, mais ils tiendront, à la seule force de Dieu présent. C’est leur vie, la nôtre, comme un évangile toujours en voie d’écriture, sans bégayer les nostalgies du passé, à l’aventure des nouveautés inouïes de l’Esprit. 

« Vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi ! » Celui qui parle achèvera sa course terrestre dans quelques heures. Par ses paroles, ses actes, sa manière d’être, sa prière, il a tout dit de son Dieu. Dans la liberté de se donner, il va vaincre la mort. Les apôtres ont repris fidèlement les paroles du Nazaréen pour accueillir ce qui leur arrive, dans une relecture jamais terminée de l’échec apparent qu’est la crucifixion, puis celui de l’enthousiasme de la Résurrection, et enfin la lente progression de leur foi, tout au long des années de leur prédication et de la constitution des premières communautés. 

C’est ainsi que les chrétiens mettront peu à peu des mots pour rendre compte de l’expérience qu’ils vivent, afin d’en rendre compte avec espérance. C’est ainsi que se précise le mystère de la Trinité : Dieu cherche l'homme, et le Christ ne nous donne qu'un terme relationnel pour parler de Dieu : il parle à Dieu comme à son Père ! Il est, lui, Jésus, le Fils, établi selon l'Esprit. C'est ainsi que les disciples, à partir de leur expérience, vont annoncer un Dieu Père, Fils et Esprit. L'Ecriture associe de diverses manières cette relation entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint, en variant l'ordre d'énonciation, le mode de relation entre eux, mais il y a une constante : un seul commandement central devient le modèle même de cette relation en Dieu donnée comme véritable culte des hommes envers Dieu : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit - tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Mt 22, 37-39). « Vous garderez mes commandements », dit Jésus… 

Dieu est amour, et nous sommes appelés à demeurer en Lui. Amen.

 

Père Bernard Vignéras

 

 

  

 

14 mai 2020 

 

Chers amis, chères amies,

Le moment inauguré depuis le 11 mai, et qui est annoncé se poursuivre jusqu’au 2 juin, ressemble à une « drôle de guerre » ! Nous avons désormais l’autorisation de nous déplacer (avec quelques limites), de nous rassembler jusqu’à 10 personnes maximum (sous réserves des mesures sanitaires rigoureuses). Beaucoup ont repris le travail, d’autres l’école. Mais j’entends et je sens bien qu’il y a un quelque chose dans l’air et dans le moral, un sentiment qui nous inquiète ou nous angoisse… Nous savons bien que ce n’est pas fini. D’ailleurs, autour de nous, pas loin, ça dure, ou ça arrive.

Le contexte est compliqué aussi économiquement, et socialement. Nos commerçants et nos artisans se demandent s’ils vont tenir le coup. Les lycéens et les étudiants s’interrogent pour leurs examens, leurs stages. Les conditions de travail sont rendues complexes pour les enseignants. Le chômage restera-t-il seulement partiel pour d’autres ? Pourrons-nous visiter nos anciens ? Certaines familles ont déjà du mal à joindre les deux bouts…Paysage de nuages, avec refroidissement certain, comme la météo de ces derniers jours !

Il y a heureusement des rayons de soleil qui nous ont fait du bien, toutes ces dernières semaines : l’entraide, les coups de fil, une certaine qualité de relation, le temps de se parler, la nature si belle… Pour un certain nombre, il y a eu les messes télévisées, sur Internet ou à la radio, le chapelet à Lourdes, les messages du Pape, les nouvelles de notre diocèse. En paroisse, nous avons fait ce que nous avons pu avec nos messages, vidéos, et actuellement pour le mois de Marie.

Nous ne pouvons pas encore reprendre la pratique dominicale, qui commence à manquer à beaucoup. Certains ont développé des prières en famille, d’autres ont pris le temps de lire les lectures bibliques de la messe quotidienne, d’autres ont vécu l’attention aux autres comme un véritable service évangélique. Nous n’avons pas reçu le Corps du Christ, mais nous avons communié à la Parole, à l’Eglise et au sacrement du frère. 

Beaucoup de mariages et de baptêmes sont reportés, ainsi que la Fête de la Foi, la kermesse paroissiale. Les perturbations vont demeurer un certain temps, il semble… Mais peut-être la Pentecôte nous donnera-t-elle de nous retrouver dans quelques-unes de nos églises !!! Nous ne sommes pas maîtres de notre destin, mais nous pouvons choisir de ne pas seulement subir ! Il y a toujours le souci des personnes autour de nous, notamment les plus fragiles, les plus isolées, les moins connectées (on peut, avec toutes les précautions sanitaires nécessaires, recommencer à visiter, par exemple). Il y a la prière, personnelle et familiale quand c’est possible (je continue aussi d’accueillir vos intentions de prière, pour ma messe quotidienne). Il y aura besoin de quelques volontaires pour préparer nos églises quand on pourra revenir célébrer en assemblée (balisage des déplacements, marquage des places, etc.). Les rassemblements jusqu’à 10 personnes peuvent permettre à ceux et celles qui le veulent de parler ensemble (KT ? Rosaire ? MCR ? Bible ?) Nos salles paroissiales peuvent accueillir, sous réserve de désinfection avant, après, etc. Bien sûr, cela demandera un choix libre, énormément de prudence, et beaucoup plus que du bon sens ! 

Avec l’équipe pastorale (avec qui je travaille toutes les semaines par visioconférence – je les remercie vivement de leurs engagements !), nous vous invitons à prendre du temps pour relire un peu cette expérience. Quelques questions peuvent nous y aider. Qu’avons-nous fait ? Comment avons-nous vécu cette période ? Qu’est-ce qui nous a aidés, qu’est-ce qui a été difficile ? Qu’est-ce que nous avons découvert de nous-même, des autres ? Qu’est-ce qui a bougé ou changé en moi, et dans mes attitudes ? Pour quoi, à qui, dirions-nous aujourd’hui : merci ! pardon ! aide-moi ! ? Qu’est-ce que je veux dire à Dieu, en ce moment ? 

A titre personnel, ces deux mois m’ont permis de prendre un peu plus conscience que je me suis attaché à ce nord du département, et que je suis heureux d’y être à votre service ! Merci à chacun, chacune, d’entre vous pour votre amitié et votre prière.

Frères et sœurs aimés de Dieu…. Que l’Esprit de Pentecôte nous en fasse les témoins ! 

P. Bernard Vignéras

 

 

Homélie du Père Vignéras pour le 10 mai, 5ème dimanche de Pâques

 

« Je pars vous préparer une place ! » Il y aura une place pour chacun de nous dans la maison du Père, car on y trouvera de nombreuses demeures. Il y a donc sans doute plusieurs voies pour accéder à ces demeures, ce qui interdit de penser de façon uniforme les conditions d’entrée dans le Royaume de Dieu, et qui y entrera. Dieu seul sait qui en prend le chemin, et comment. Nous nous rappelons d’ailleurs le grand récit que St Matthieu nous propose au chapitre 25 de son évangile : « J’ai eu faim et tu m’as donné à manger… ce que tu as fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu l’as fait ! », dans une sorte de sacrement du frère qui ouvre le cœur de Dieu dans la plus belle des prières. « C’est à moi que tu l’as fait ! (ou pas fait…) », comme en réponse à Thomas qui demande quel est le chemin qui conduit vers le Père, avec Jésus.

Si je prends au sérieux la phrase « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » et que j’y entends la solidarité de toute l’humanité en Jésus-Christ, alors il faut aussi dire la réciproque : « Le Christ ne va pas vers le Père sans nous ». Ce qui pourrait être une prétention sans nom – devoir obligatoirement passer par Jésus – devient ainsi l’accomplissement de la promesse divine de rassembler en une seule famille l’humanité tout entière. C’est désormais Dieu qui s’engage pour toute vie humaine, afin que personne ne se perde en route, là où c’est Jésus qui devient le chemin et le compagnon de voyage pour tout être.

Ce qui pourrait n’être qu’une belle parole, dans un relativisme facile du genre « on ira tous au paradis, même les bonnes sœurs et les bandits », est maintenant la vérité pour notre vie. L’évangile de ce jour est chronologiquement situé le soir du dernier repas, après le lavement des pieds des disciples par Jésus, et l’invitation à faire de même. Nous sommes au début du chapitre quatorzième, au commencement des 4 longs chapitres 14 à 17 dans lesquels Jésus livre le sens de son engagement, de sa destinée, annonce la venue de l’Esprit Paraclet et nous fait entrer dans l’intimité du Père pour que nous vivions comme ses amis. A ce moment-là, c’est la peur qui domine, chacun sait bien ce qui va se passer ensuite et que ça va mal tourner. D’ailleurs le chapitre 14 commence par l’évocation du bouleversement qui a saisi les apôtres. A ce moment-là, ils n’ont sans doute pas encore pris la mesure, ou plutôt la démesure, du don de Dieu qui va s’opérer sur la croix, puis au petit matin de Pâques. A ce moment-là, ils se disent probablement que la partie est perdue et leur espérance s’effondre…

Mais nous, nous lisons cette page à la lumière de ce qui est advenu à Pâques ! Nous lisons que sur la croix, Jésus nous a montré de quel amour il aime son Père et de quel amour il nous aime ; nous lisons qu’au petit matin de Pâques, le Père nous a montré de quel amour il aime son Fils, et combien cet amour rayonne sur chacun de nous. Ce faisant, c’est notre foi qui se trouve éclairée pour reconnaître et voir qui est notre Dieu. C’est notre foi qui nous désigne qu’en Jésus de Nazareth, la parole définitive de Dieu est prononcée sur ce monde, et qu’il nous faut relire et suivre Jésus dans chacune de ses rencontres, de ses paroles, dans chacun de ses comportements. Un Jésus libre dont la force intérieure ne le fait jamais dévier de son chemin. Un Jésus tellement libre en lui-même que chacun de ses interlocuteurs peut être vrai devant lui, quelle que soit sa situation. Alors s’impose pour nos communautés chrétiennes, comme ce le fut au commencement de l’Eglise, l’œuvre de relecture de la vie de Jésus, avec cette petite grille simple que nous propose l’épître aux Romains au chapitre 1 verset 2 à 4 : « Cet Évangile, que Dieu avait promis d’avance par ses prophètes dans les saintes Écritures, concerne son Fils qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur. » Et cette relecture s’articule, avec le discernement selon l’Esprit, de ce qu’accomplit maintenant le Seigneur entré dans la Gloire mais toujours présent à notre humanité. « Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. »

En cheminant progressivement vers la Pentecôte, les lectures de ces dimanches explicitent le mystère de la vie plus forte que la mort, en puisant à la source du mystère de Dieu, révélé comme Père, Fils et Esprit, Dieu si grand et miséricordieux, Dieu pour nous, Dieu abandonné à ceux et celles qui croient en Lui et sont aujourd’hui ses bras, ses lèvres, ses pieds, pour servir et aimer en son Nom. Cela, Dieu l’a remis entre nos mains, après avoir accompli la libération de tout ce qui nous enferme sur nous-mêmes, dans la peur, l’auto- suffisance et la mort. Il l’a remis entre nos mains pour que nos vies montrent le Père, comme la vie de Jésus a été jour après jour une présence pleine de Dieu.

C’est pourquoi nous sommes appelés à chercher la lumière sans relâche, à honorer la vie sans relâche, à dire le bien dans la miséricorde sans relâche. S’il y a plusieurs demeures dans la Maison du Père, nous ne serons jamais prisonniers des frontières de l’apparence, des diversités humaines, sociales, religieuses ou philosophiques. Nous ne serons jamais des juges intraitables qui se croient propriétaires de la vérité. Nous ne serons jamais à côté ou au-dessus de cette humanité fragile, tâtonnante, tiède, versatile, populeuse. Car c’est ainsi que « nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1 Co 1, 23), un Messie qui s’approche de quiconque pour en accueillir l’existence quelle qu’elle soit.

Disciples de Celui qui est la vérité, nous serons, dans l’histoire pérégrinante de l’humanité, des serviteurs de la vie sous toutes ses formes, jusque dans ses pauvretés et petitesses, jusque dans sa dignité et sa beauté. Nous savons que le chemin est sûr quand il est la route de l’homme ; quand il est confiance en Dieu ; quand il est don de soi quoiqu’il en coûte d’aimer.

J’aime à terminer ce petit commentaire en vous invitant à relire le chapitre 22 de la Constitution pastorale sur l’Eglise, intitulée Gaudium et spes, qui, après avoir rappelé que cette parole s’adresse à « tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce », s’achève avec le paragraphe que voici : « Telle est la qualité et la grandeur du mystère de l’homme, ce mystère que la Révélation chrétienne fait briller aux yeux des croyants. C’est donc par le Christ et dans le Christ que s’éclaire l’énigme de la douleur et de la mort qui, hors de son Évangile, nous écrase. Le Christ est ressuscité ; par sa mort, il a vaincu la mort, et il nous a abondamment donné la vie pour que, devenus fils dans le Fils, nous clamions dans l’Esprit : Abba, Père. »

Nous ne savons pas le chemin, disaient les apôtres avant Pâques. Ils l’ont su ensuite ! Et vous, maintenant, vous le savez, le chemin ? Amen.

Père Bernard Vignéras 

 


 

Homélie du Père Vignéras pour le 3 mai, 4ème dimanche de Pâques (texte et vidéo) 

 

Le Bon Pasteur - Journée mondiale de prière pour les vocations

« Je suis la porte des brebis ! » Au nord du département, au pays de l’agneau, un an après le championnat du monde de tonte de moutons, Jésus emploie une image faite pour nous ! Le bon Pasteur, le berger des brebis, c’est une image très courante dans la Bible, notamment dans le Premier Testament. C’est un titre bien connu au Proche Orient ancien pour désigner la mission du roi envers son peuple. On se rappelle que le roi David était d’abord un berger, et que les prophètes vont reconnaître Dieu comme « le Berger d’Israël ». Le berger, c’est d’abord un protecteur, qui veille sur son troupeau, qui le met à l’abri des animaux dangereux la nuit. Dans St Luc, Jésus utilisera la parabole de la brebis perdue pour dire la sollicitude de Dieu pour chacun d’entre nous, puisqu’il peut en laisser 99 pour aller chercher la centième qui s’est égarée. Et à la fin de l’évangile de ce jour, cet amour privilégié justifie la mission de Jésus : « je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ! »

Nous sommes dans la lumière de Pâques, et nous entrevoyons progressivement davantage ce que le Christ vient de traverser pour nous. Il a donné sa vie pour que nous soyons des vivants ! Il s’est laissé déchirer pour que nous recevions l’unité en lui. Il a lavé les pieds pour que nous soyons blanchis de tout mal. 

Comme les premiers chrétiens, nous prenons un peu de recul pour comprendre ce qui est arrivé. Si c’est celui qui avait été crucifié qui est maintenant ressuscité, il nous faut nous souvenir de tout ce qu’on a vécu avec lui, de ce qu’il a fait et dit, puisque c’est toute son existence qu’il a rassemblé lors du dernier repas et qu’il nous a dit de partager le pain et le vin comme son corps et son Sang, en mémoire de lui, puisqu’il nous a demandé de devenir serviteurs les uns des autres. 

Lui, l’Envoyé du Père, a appelé des disciples, les a formés pour les envoyer. C’est le sens du mot ‘apôtre’. C’est la raison d’être de l’Eglise, qui ne s’est pas donnée à elle-même. Elle n’existe qu’en relation à Jésus qui l’a fait naître comme pour être désormais son prolongement missionnaire. Pour dire la parole et poser les gestes de Jésus. Pour mettre en œuvre la tendresse et le pardon de Jésus. Pour s’effacer devant le Royaume de Celui qui viendra à la fin du temps offrir le monde à son Père. Tout part du Christ pour revenir à Lui. S’il est la porte des brebis, c’est pour nous permettre d’entrer dans son royaume de paix et de justice. S’il connait ses brebis, c’est parce que chacun d’entre nous est important pour lui. 

C’est pour que l’Eglise accomplisse sa mission que le Seigneur lui a donné des apôtres. Non pas des chefs pleins de pouvoirs, mais des pauvres types à qui il a fait confiance pour devenir des colonnes. Une colonne permet à l’édifice de tenir debout, parmi beaucoup d’autres éléments qui le font exister. Les évangiles nous rapportent d’ailleurs qu’à côté des apôtres, il y avait un certain nombre de disciples, notamment des femmes, et que le souci premier de Jésus, c’était la foule sans berger.

Nous avons là les éléments de base d’une théologie chrétienne de l’Eglise : tout est l’œuvre de Dieu, qui choisit, appelle et envoie. Tous sont appelés à vivre comme des fils et des filles bien aimés. Quelques-uns sont au service de la mission de tous. Le sens du mot ‘ministère’, c’est le service. Un ministre est un serviteur. Jésus a institué les Douze, dont les Evêques sont aujourd’hui les successeurs, les serviteurs.  

Progressivement, dans les communautés chrétiennes naissantes, on a institué des responsables, des anciens ; le grec dit, littéralement, des ‘presbytes’, ce qui a donné les mots ‘presbytère’, ‘presbytéral’. Les Actes des apôtres disent que leur première responsabilité, c’est l’annonce de la Parole de Dieu. C’est d’ailleurs pour pouvoir accomplir cette mission que sont apparus les diacres (Ac 6), pour que le service des personnes soit honoré. Ces anciens n’ont pas d’abord reçu le titre de ‘prêtres’, car on ne voulait pas les confondre avec les prêtres du Temple, comme le dira par exemple l’épitre aux Hébreux. Mais comme le ‘prêtre’, c’est étymologiquement ‘celui qui offre’, cela justifie une autre ligne de compréhension qui se dit avec le mot ‘sacerdoce’.

Au troisième siècle, Hyppolite de Rome fixe une Tradition, avec l’établissement de la trilogie évêques, prêtres, diacres. Il n’en parle qu’au pluriel, soulignant ainsi les interrelations, et surtout le non-sens que serait un évêque seul, ou un prêtre seul ou un diacre seul. Un ministre n’a pas de sens en soi, il est toujours donné à d’autres ! Parallèlement, s’est développé un courant de vierges consacrées, et moins d’un siècle plus tard, on verra apparaître des ermites et des moines. Depuis près d’un siècle maintenant, nos Eglises se sont familiarisées avec la responsabilité d’un certain nombre de chrétiens appelés à servir les communautés chrétiennes, d’une manière ou d’une autre. Le Seigneur donne des serviteurs avec des visages multiples, mais aujourd’hui comme hier, c’est pour « les foules sans berger » !

En priant, ce dimanche, pour les vocations, c’est ce grand paysage de serviteurs que nous honorons, en demandant à Dieu de donner pour aujourd’hui et demain les ouvriers qu’Il veut pour sa moisson. Non pas pour « remplir des cases et faire tourner une grosse machine », mais pour que soit entendue la voix du bon Berger qui continue de s’adresser à tous pour nous conduire vers le Père. Le visage de l’Eglise n’a pas cessé d’évoluer depuis 20 siècles, et ce n’est pas étonnant si elle doit « sentir l’odeur des brebis », selon la belle expression du Pape François. Mais sa mission, elle, n’a pas changé. Prier pour les vocations, c’est croire que Dieu continue de murmurer à nos oreilles : « je t’aime et tu as du prix à mes yeux ! »...Amen.

Père Bernard Vignéras

 

 

 

 

Homélie du Père Vignéras pour le 26 avril, 3ème dimanche de Pâques (texte et vidéo) 

Il y a toujours un chemin, une route, un horizon…

La question importe peu quand tout va bien. Il n’en va pas de même quand c’est la nuit qui l’emporte. Il n’en va pas de même quand la déception est trop forte. Ces deux-là ont sombré, avec les autres, dans la peur et maintenant, la désespérance. « Et nous qui avions cru qu’il serait le libérateur de notre peuple… mais il est mort. » Ils repartent à leur ancienne vie, peut-être. Ils tournent en rond, ils piétinent, ils n’avanceront plus, bien que leurs pas les éloignent du feu qui les avaient mis debout. 

J’aime entendre les pages de la Bible dérouler pour nous les multiples chemins de l’histoire de l’Alliance de Dieu avec les hommes, et en particulier avec le petit peuple d’Israël. On marche beaucoup dans la Bible, pour cheminer plus encore au creux des cœurs et des esprits capables de se laisser surprendre et déplacer. Entrer dans la foi, pour Abraham, c’est se mettre en route, partir, quitter une terre. La foi entre par les pieds, pour envahir l’existence de qui ne sera plus désormais qu’un chercheur, pour voir ce que Dieu accomplit après l’avoir promis. Marcher, chercher, risquer encore… pour faire l’expérience que nous ne sommes jamais seuls sur la route. 

Un inconnu rejoint nos deux hommes sur leur route ensablée. Ils ne le reconnaissent pas, alors que nous, lecteurs, nous en sommes informés par le texte. Il les rejoint là où ils en sont, après « tout ce qui est arrivé » et qu’ils n’ont pas compris. Ils vont tout dire de l’évangile à l’étranger qui les questionne, oui, tout est là résumé : la Bible de A à Z, les rencontres, les paroles, la présence si particulière du Nazaréen, et le désastre de Jérusalem, la condamnation et la mort, jusqu’aux femmes qui témoignent du tombeau vidé de son corps supplicié mais aussi des anges qui l’annoncent vivant. Ils ont bien rassemblé en quelques mots le mystère de la foi, mais c’est sans âme, sans conviction, sans amour. Le Vivant de Pâques a traversé la nuit, mais eux sont restés morts devant sa croix… Jésus les aurait-il bien fait marcher, s’est-il payé leur tête ? 

Sous les cendres du sens, l’inconnu va rallumer la braise. Quand s’ouvre un chemin, dans la Bible, il y a toujours un mouvement de relecture qui l’accompagne. Que serait l’exode, sans l’expérience mille fois interprétée que Dieu ne voulait pas que l’esclavage grève à jamais l’enfermement du peuple qu’il s’est choisi ? Que serait l’exil sans la découverte que la véritable terre que Dieu offre est celle d’un cœur ouvert, que le véritable temple, c’est l’homme debout, que la véritable loi, c’est le commandement d’aimer. Qui serait Jésus sans l’amoureuse joie d’un Père qui donne tout ? 

Alors, ils ne marchent plus, c’est l’inconnu qui les porte. Jésus le Ressuscité relit pour eux, devient l’exégète de cette longue histoire de Révélation, car il en est la clé ultime, en qui tout converge et de qui tout repartira désormais, le centre véritable, le dévoilement de tout ce qui demeurait encore caché à nos esprits sans intelligence et lents à croire ! Il est l’étincelle qui embrase l’histoire. Il ne s’agit plus tant de rêver un futur idéalisé et fantasmé que d’inverser la marche : elle part désormais de Jésus qui lui donne son plein sens. Faut-il voir pour être en chemin, ou bien celui-ci déploie-t-il l’espace d’un désir ? 

Alors que manque-t-il encore à ces deux-là, que nous manque-t-il encore à nous dans les ornières de nos doutes et de nos peurs, de nos résistances à franchir le pas pour se laisser prendre tout entiers par la route du Christ ? 

La mort de Jésus leur a coupé l’appétit de vivre ce nouvel horizon. Quoi de mieux alors que la petite auberge d’Emmaüs pour accueillir le pain qui fait lever les Ecritures ? Quoi de mieux que ce pain rompu pour dessiller les yeux ? Quoi de mieux que le désir de cette rencontre intime dans le pain vivant ? Quoi de mieux pour devenir compagnons de Jésus, littéralement « qui partage le pain »…  

Le pain n’est plus seulement du pain, il fait signe, il dit le don d’une vie, la présence de l’Ami, l’appel à une communion sans fin ni frontière ! Eclairé par la parole du Christ, le partage de vie révèle l’invisible, il dévoile le fil mystérieux qui relie tous les évènements d’une vie. Quand il se donne dans l’Eucharistie, Dieu nous donne aussi à nous-mêmes et aux autres ! 

La catéchèse eucharistique que nous livre St Luc dans l’évangile d’Emmaüs ne s’arrête pas là. Il y a maintenant le mouvement sur soi : « notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous quand il nous ouvrait aux Ecritures ? » et le mouvement vers les autres : « ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem ». Le corps terrestre de Jésus n’est plus avec nous, mais son Corps eucharistique nous nourrit pour que nous soyons le Corps de sa présence aimante au milieu du monde. L’acte de foi se concrétise dans l’envoi en mission. La nourriture jette à nouveau sur la route… Et de table en table, se construit un peuple nouveau ! 

L’absence de rassemblements à l’église et l’impossibilité de communier commence à peser pour beaucoup. Nous avons faim de Dieu ! Pourquoi chacun d’entre nous n’écrirait-il pas le récit de sa propre route d’Emmaüs, pour se redire et dire à Dieu pourquoi l’eucharistie est si importante pour nous ?

Je sais des cœurs brûlants, au levain de l’Evangile, cuits au feu de l’amour… Amen.

Père Bernard Vignéras

 

 

 

Homélie du Père Vignéras pour le dimanche 19 avril (texte et vidéo) 

2ème dimanche de Pâques – dimanche de la miséricorde

 

             Chers amis, chères amies, nous sommes entrés dans le temps pascal, cette période de 50 jours qui va de Pâques à Pentecôte, comme un grand dimanche, dans une semaine de 7 semaines.

C’est encore dans un contexte particulier. On a commencé par une quatorzaine, qui est devenue une vraie quarantaine ! Maintenant c’est une cinquantaine qui nous attend pour ce temps liturgique, en espérant que le confinement soit levé entre temps. Bref, on prend la mesure de séquence de temps auxquelles nous n’étions plus habitués ! Sans doute la course habituelle de nos occupations… Quand on est à la campagne, on garde probablement une attention plus forte aux saisons, et comme tout le monde, les rythmes scolaires et ceux des vacances. Dans notre confinement, il y a une dimension protectrice, on se met à l’écart pour ne pas contaminer et ne pas être contaminé, et nous devons nous en remettre civilement à la décision de ceux qui nous gouvernent et dont c’est la responsabilité. Ce temps nous dure, et c’est éprouvant parce que ça bouscule nos repères habituels. Nous ne le maîtrisons pas, dépendants que nous sommes des évolutions de la maladie et des décisions de l’Etat. Mais n’est-ce pas une expérience à vivre, dont il faut entendre quelques leçons, pour ne pas seulement la subir ?

La quarantaine du carême et maintenant la cinquantaine du temps pascal sont pour nous une autre forme d’appréhender le rapport au temps, dans la mémoire que ces séquences ont un sens profond, pour la vie chrétienne comme pour la vie tout court. Prendre le temps, c’est accepter d’être dans un processus de croissance. La nature si belle ces jours avec sa grande variété de couleurs printanières est pour nous maîtresse de sagesse. En limousin, le proverbe dit que ce n’est pas en tirant dessus qu’on fait pousser les poireaux ! Le Carême nous a fait prendre le temps du désert, lent cheminement pour réentendre un appel de Dieu et laisser notre cœur se dépouiller de ce qui l’encombre. Le temps pascal nous offre d’autres passages, parce qu’il faut du temps pour enraciner vraiment notre foi dans l’inouï de Dieu qui a relevé le Christ d’ente les morts. De Pâques à Pentecôte, c’est le déploiement évangélique d’une expérience jamais faite auparavant. Le petit groupe de témoins du matin de Pâques se demande s’il n’a pas eu la berlue en revoyant Celui qui avait été crucifié 3 jours plus tôt. Leur confinement, c’est celui de la peur. Pensez donc, si on avait mis la main sur eux, il est probable qu’ils aient subi la même exécution que Jésus. Et le soufflet n’est pas redescendu comme par magie. C’est toujours une affaire dangereuse qui est en cours. Une affaire de vie et de mort. Une affaire qui doit choisir entre la foi et la désespérance. Une affaire qui prendra corps ou qui n’aura été qu’une belle histoire.

Dans l’évangile selon St Jean entendu ce dimanche, le souffle de la Pentecôte semble donné le soir même de Pâques. Jésus souffle sur eux et leur dit : « recevez l’Esprit Saint ». Chez St Luc, le déploiement se fait sur cinquante jours, et c’est le deuxième chapitre du Livre des Actes des Apôtres qui en explicite la venue, avec des langues de feu qui les jettent dehors à la rencontre de la foule, de sorte que chacun entend les merveilles de Dieu dans sa propre langue. 

Ce qui était donné dans la foi à quelques-uns à l’aube de Pâques et maintenant manifesté à tous, comme un envoi dans le monde, pour annoncer la merveille de la vie qui a traversé toute mort. C’est St Luc que la liturgie de l’Eglise suit pour nous faire explorer le temps pascal. Mais St Jean vient en quelques lignes nous placer au cœur du défi que représente cette lente initiation des apôtres, et à travers eux, de chacun de nous si nous voulons être disciples du Christ. Pour cela, il nous propose une nouvelle béatitude : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! » 

En soufflant l’Esprit Saint sur les disciples, Jésus a associé ce don à celui de la remise des péchés. Le péché enferme sur soi, dans le refus d’aimer, et il prend formes multiples pour faire son œuvre de mort. L’Esprit Saint, au contraire, rassemble, articule les différences, fait tenir ensemble pour réussir quelque chose de plus grand que soi. Sans l’Esprit Saint, il n’y aurait pas d’Eglise car il y a longtemps qu’on a compris que chacun n’en ferait qu’à sa tête et qu’on se disputerait vite pour interpréter chacun à sa guise ce qui nous arrangerait bien.

Thomas n’était pas présent le premier soir, et quand les autres lui disent qu’ils ont vu le Seigneur, ce qui signifie qu’ils l’ont reconnu comme le Vivant de Pâques, Thomas ne peut faire corps avec eux. Il n’a pas encore reçu l’Esprit qui fait l’unité dans l’histoire comme dans la foi. On connaît bien les propos qu’il tient : « si je ne vois pas, je ne croirai pas », et aujourd’hui, on entend régulièrement : « moi je suis comme St Thomas ! » Il demande des preuves, notre Thomas, car ce qui arrive lui est proprement impossible à croire, et ce faisant, il dit tout haut l’énigme de la foi. Dans son doute, il nous renvoie vraiment à la réalité de la chair ressuscitée. Ce n’est pas un fantôme qui se tient là, c’est le crucifié qui a traversé la mort, non comme un revenant, ni comme un cadavre réanimé. Il est une créature nouvelle qui échappe à une reconnaissance immédiate mais dont la vie nouvelle atteste de la vérité de ce qu’il a fait et dit au milieu d’eux quand ils partageaient ensemble les route de Palestine.

« Mon Seigneur et mon Dieu ». Le cri de Thomas traverse la nuit de la peur et du doute. Il nous dit là où désormais nous devons chercher le Seigneur, le suivre et le servir. Il nous dit que le Christ nous précède dans toutes les plaies du monde, dans les brisures et les corps déchirés, dans les violences indignes qui mettent l’humanité par terre, comme autant de vendredis saints démultipliés dans l’histoire des hommes. C’est pourquoi nous ne pouvons finalement pas dire : « moi je suis comme St Thomas », parce que nous, nous voyons ici et maintenant cette humanité torturée et malmenée. Le mal n’est pas l’œuvre de Dieu et nos questions qui l’accusent se trompent de cible. Le mal, Dieu l’a subi sur la croix du Christ. Et Christ est désormais présent partout où l’homme souffre et meurt. Nous n’avons pas vu le Christ comme les apôtres en ont fait l’expérience, mais nous le reconnaissons en chaque être souffrant. Et l’Esprit saint que nous avons reçu nous fait agir en Eglise comme le Corps du Seigneur, sa présence aimante à travers nous. Nous racontons cette histoire dangereuse parce qu’elle actualise la victoire aujourd’hui de la vie sur la mort. 

Croire est une « suite pratique » et un « savoir pratique », car la connaissance du Christ ne vient pas d’abord à travers des idées. C’est dans un ‘bain ecclésial’ que se fait cette expérience, que s’enracine ce souvenir dangereux, par le récit qui en est fait et par les modes de vie qu’il met en œuvre, en son sein et dans ses relations avec le monde. 

Cela signifie aussi que l’Eglise – sous peine d’infidélité à la mémoire qui la porte – ne pourra jamais se replier sur un réflexe sectaire : elle ne peut oublier le caractère public du message qui la fonde et qui en fait une Eglise pour le monde.  Elle ne peut exister que dans le récit qui raconte cette « suite pratique » de Jésus, comme communauté du peuple nouveau elle-même, qui écrit sa propre biographie collective, comme naguère Israël, comme autrefois les jeunes communautés chrétiennes dans des passages importants du Nouveau Testament. L’appel demeure plus que jamais adressé que nous puissions raconter aujourd’hui encore des histoires concrètes de libération, au nom de Celui qui, par sa Passion et sa Résurrection, tient en lui-même la mémoire vive de l’engagement de Dieu pour les souffrants de la terre.

Oui, Seigneur, je crois. Viens au secours de mon peu de foi ! Amen.

  


 

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Paroisse Notre-Dame-de-Lorette

Un nouveau mois de confinement, restons prudents et responsables !

 

            Chers amis, chères amies,

Nous voici donc devant un nouveau mois de confinement… Je sais que beaucoup commencent à trouver cela long, même si nous savons tous qu’il faut être prudents et responsables. La maladie du covid-19 est aussi chez nous, en ce moment. Notre pensée et notre prière vont d’abord vers tous les malades, d’ici et d’ailleurs, vers les soignants et les chercheurs, vers tous ceux et celles (dont nous faisons peut-être partie) qui aujourd’hui permettent à notre société de continuer à tourner (commerçants, agriculteurs, personnels municipaux et administratifs, banques, services techniques… j’en oublie !)

Ce temps dure. Il y en a pour qui c’est plus difficile que pour d’autres : ceux qui ont de petits logements, les familles, tous ceux qui voient revenir des angoisses, des peurs, et d’autres encore qui s’inquiètent pour leurs commerces et autres activités économiques ou associatives. Je pense aussi aux familles qui ont vécu un deuil et qui n’ont pu parfois accompagner leur défunt, qui ont eu une célébration en tout petit comité… Il y a aussi des couples pour qui le confinement accentue les tensions.

Pour beaucoup d’entre nous, cependant, c’est désagréable, mais ça reste vivable ! Notre responsabilité de citoyens et de chrétiens, c’est de nous préoccuper des autres, de ce qu’ils deviennent, de ce dont ils pourraient avoir besoin… Il ne faut pas que notre attention se relâche ! J’ai des échos magnifiques de gens qui prennent beaucoup de temps pour appeler des personnes âgées, malades, isolées. Je connais des personnes qui ont pris en charge les courses de leurs voisins. Je vois la publicité qui circule pour les circuits courts d’alimentation pour soutenir nos producteurs locaux. Les réseaux sociaux et Internet permettent beaucoup d’échange de nouvelles, d’informations, mais il y a aussi tous les autres à ne pas oublier !

Je sais que beaucoup ont regretté de ne pouvoir célébrer la fête des Rameaux, la bénédiction du buis, et la semaine Sainte. La privation de la communion est aussi une souffrance. Quelle fête le jour où nous pourrons reprendre nos célébrations !!! Beaucoup d’entre vous ont suivi les offices à la télévision, sur RCF, ou avec notre diocèse, sur YouTube. Il y a aussi d’autres liens que fréquentent quelques-uns : la Fraternité du Dorat, la Vie monastique, les Dominicains de Lille, etc.  Je continue de recevoir des intentions de prière pour ma messe quotidienne le soir chez moi à 18h30, et pour le dimanche dans l’église de Bellac à 11h.

Nous avons donc un mois devant nous. Il va y avoir les vacances scolaires, qui ne vont peut-être pas changer grand-chose pour les familles confinées. Nous voyons arriver des échéances paroissiales qu’il faut annuler ou reporter ou faire autrement : la procession de la Lieue à Bellac, le 3 mai ; la sortie à Nohant-Vic du 22 mai. Que dire pour la Fête de la Foi prévue le 7 juin ? La kermesse paroissiale du 14 juin ? Il y a aussi déjà beaucoup de reports de baptêmes, de mariages… Même si le confinement est levé, peut-être progressivement, nous ne savons pas encore quels rassemblements seront autorisés… et nous pensons que beaucoup ne seront pas vraiment rassurés de participer alors que nous ne connaissons pas quel avenir nous réserve la contamination…

Avec l’équipe pastorale, nous continuons de travailler en visioconférence. Nous vous proposons quelques animations pour garder le cap !

Pour le moment, il nous semble plus raisonnable de reporter à la rentrée de septembre un temps fort paroissial. Nous avions déjà l’idée d’une célébration paroissiale le dimanche 6 septembre à la chapelle de Lorette, avec une « messe des cartables » pour la rentrée. Gardez la date, il pourrait y avoir aussi un grand repas, et quelques animations… à suivre ! Pour la fête de la Foi, si c’est possible fin juin … ? 

Trois choses encore, très différentes :

- Chaque dimanche pendant le temps du confinement, nous avons souhaité que les cloches de nos églises sonnent 10 minutes, à partir de midi. Merci à ceux et celles qui s’en chargent dans chaque commune (penser aux attestations dérogatoires…)

- Economiquement, il y a aussi des incidences pour la paroisse, pour le diocèse… Chacun trouvera le moyen d’aider, à sa mesure… Merci d’avance !

- D’ici à la Pentecôte, la première lecture de chaque jour nous fait parcourir les Actes des Apôtres. Pourquoi, chez vous, ne pas lire en continu ce merveilleux récit des origines chrétiennes ? 

Courage ! Avec beaucoup d’amitié !

L’équipe pastorale de la Paroisse Notre-Dame-de-Lorette et le Père Bernard Vignéras.

 

 

Interview du Père Vignéras sur la radio RMJ le vendredi 10 avril

 

 

 

Tous en communion

Le Père Vignéras et les équipes pastorales de ses trois paroisses sont à votre écoute

  

Confinés mais pas isolés !

Depuis le début du confinement, de nombreuses dispositions ont été prises pour garder le lien, rester attentifs à distance. L’évêque et les prêtres du diocèse s’adaptent à cette situation pour continuer à témoigner des messages de l’Evangile. 

  • Au niveau du diocèse, le site internet (www.diocese-limoges.fr), la page Facebook (Diocèse de Limoges) et la chaîne YouTube donnent accès à plusieurs vidéos quotidiennes en direct, notamment un point d’information, la messe depuis l’oratoire de l’évêché suivie de l’Angélus et de la prière à Saint Martial. 
  • Pour les trois paroisses du nord de la Haute-Vienne, les vidéos régulières du Père Bernard Vignéras (messages de soutien et d’amitié, homélies..) sont postées sur sa page Facebook et sur celle de la paroisse Notre-Dame-de- Lorette (Paroisse Notre Dame de Lorette en Limousin).

Le site internet de la paroisse Notre-Dame-de-Lorette (www.paroisse-nd-delorette.fr) a ouvert en page d’accueil une nouvelle rubrique dédiée à la crise sanitaire du Covid 19. Elle donne accès à des informations religieuses regroupées par thèmes et actualisées au fil des jours : 

-          Le père Vignéras nous parle

-          Messages du diocèse de Limoges

-          Nourrir notre Foi

-          Semaine Sainte

-          Tribune Libre

-          Le Sillon 

Le Père Vignéras porte ses paroissiens dans la prière lors des messes qu’il célèbre quotidiennement à 18h30 au presbytère de Bellac et le dimanche dans l’église de Bellac à 11h (mais sans assemblée). 

La prolongation du confinement conduit à s’adapter pour maintenir le contact et vivre la Semaine Sainte qui approche en communion d’Eglise et en union de prière, chacun chez soi, seul ou en famille. Pour accompagner les paroissiens durant ce temps fort spirituel, de nombreuses propositions sont faites, soit par le diocèse de Limoges, soit par le Père Bernard Vignéras et les équipes pastorales pour les trois paroisses, soit par la Fraternité des Servicœurs de Jésus installée dans l'ancien carmel du Dorat. 

  • Le diocèse propose de suivre les offices en direct depuis la cathédrale de Limoges, sans présence de fidèles, avec retransmission en direct sur la radio RCF, les réseaux sociaux et le site internet, selon le programme suivant :

-          Jeudi Saint et Vendredi Saint les 9 et 10 avril à 18h

-          Vigile Pascale le 11 avril à 21h

-          Messe de Pâques le 12 avril à 11h 

  • Le Père Vignéras, pour sa part, célèbre les messes et offices dans l’église de Bellac sans la présence des fidèles (Jeudi Saint à 19h, Vendredi Saint à 19h, dimanche à 6h du matin célébration de la Résurrection du Seigneur, Pâques à 11h). Les cloches sonnent pour associer les fidèles à la prière. Pour guider la prière de chacun, des méditations, un Chemin de Croix et divers textes sont accessibles sur le site internet de la paroisse Notre-Dame-de-Lorette. 

Rappelons pour ceux qui n’ont pas accès à internet que les revues Prions en Eglise et Magnificat permettent de suivre la liturgie de la Semaine Sainte.

La radio RCF et la chaîne TV KTO sont aussi de précieux relais en cette période.

La page Facebook de la Fraternité des Servicoeurs propose également des vidéos.

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Interview du Père Vignéras sur la radio RMJ le vendredi 3 avril

 

 

Vidéo de l'homélie du Père Vignéras pour le dimanche des Rameaux et de la Passion

 

 

 

 

Lettre du mardi 31 mars

 

Mes amis,

La nouvelle du décès de Marie-Béatrix CARABEUF, de Bellac, nous plonge, avec sa famille et en particulier Michel, son mari, dans une grande peine. Ce deuil intervient en ce moment de grande fragilité pour notre société, pour la planète tout entière. Marie-Béatrix en est l’une des victimes.

La célébration de sa Pâque se fera en petit comité familial, vendredi à 14h30, à l’église de Bellac. La plupart d’entre nous vivra donc à distance cet à-Dieu, mais nous pourrons être en communion d’esprit et de prière avec la famille au même moment. Dans l’espérance du Royaume de Dieu, nous confierons ensemble la vie de Marie-Béatrix au Seigneur de tendresse, et nous rendrons grâce pour tout ce que nous avons vécu avec elle. Nous rendrons grâce pour sa foi, pour son courage dans ses épreuves, pour son esprit de service. Marie-Béatrix a été membre de l’équipe pastorale, il y a quelques années, après avoir fait pendant longtemps de la catéchèse auprès des jeunes et participé au comité de jumelage avec Bourzanga. Marie-Béatrix avait un engagement fort dans la famille spirituelle carmélitaine.

La maladie engendrée par le Covid-19 pouvait nous paraître éloignée de nos bourgs de la France profonde. Nous découvrons qu’elle s’est approchée jusqu’à faire des victimes au milieu de nous. Il nous faut donc rester prudents, suivre les consignes sans faire de commentaires, tout en veillant sur les plus anciens, les plus fragiles, les plus isolés. Le téléphone, l’internet, les réseaux sociaux, sont des moyens utiles pour cela. S’il en était besoin, le rappel de notre thème d’année, « Frères et sœurs bien-aimés de Dieu », nous incite à vivre en toutes circonstances cette fraternité qui est don de Dieu, et même à être imaginatifs ! Je sais que beaucoup ont compris ce que ça signifie en ce moment.

Nous prions Notre Dame de Lorette d’accueillir Marie-Béatrix près de Jésus, son Fils. Nous lui confions aussi tous les malades, les soignants et ceux et celles qui servent d’une manière ou d’une autre notre pays, parfois au risque de leur propre santé.

Je vous assure de l’amitié et de la prière de toute l’équipe pastorale.

P. Bernard Vignéras

 

Homélie du dimanche 29 mars 2020 – 5ème dimanche de Carême

(versions audio et texte)

 

 

 

« Jésus cria d’une voix forte : Lazare, viens dehors ! Et le mort sortit. » Il y aura bien un petit malin pour demander quelle case il lui faudrait cocher sur l’attestation de déplacement dérogatoire ! « Lazare viens dehors ! » mais nous, nous restons confinés, et c’est pour une cause juste qui ne souffre pas de commentaires. Ceux qui doivent sortir actuellement le font pour leur travail et parfois dans des conditions bien périlleuses. Nous continuons de les porter dans notre prière et dans notre amitié, ainsi que tous les malades, bien sûr.

Pouvons-nous, cependant, entendre pour nous-mêmes l’appel à d’autres formes de sorties, alors que nous identifions quelques-uns des tombeaux qui nous emprisonnent et que, sans doute, la crise actuelle nous jette au visage ? Je ne me risquerai pas ici dans des propos de café du commerce, tant la question est sérieuse. C’est au passage l’occasion de mesurer le poids des mots, devenu une attention plus particulière alors que nous sommes tenus à des distances qui éloignent nos visages et les mimiques qui accompagnent habituellement nos propos. Tombeau du vide, dans lequel tout se vaudrait de la même importance, et dans lequel plus rien n’a finalement de valeur. Tombeau de la peur qui paralyse et qui enferme dans de fausses sécurités. Tombeau de la toute-puissance prométhéenne qui nous conduit à des formes d’infra-humanité. 

L’évangile du relèvement de Lazare dans saint Jean nous fait cheminer dans notre humanité et dans notre foi. Il faut du temps pour que s’éclaire la destinée de nos vies. Tout ne se fait pas un instant. Dans l’évangile, Jésus prend son temps pour venir à Béthanie retrouver ses amis. Il faut du temps pour que les apôtres comprennent. Il faut du temps à Marthe, à Marie. Alors combien plus à la foule des quiconque ! Il faut du temps aux catéchumènes qui préparent leur baptême depuis près de deux ans et qui auraient dû vivre ce dimanche un troisième scrutin. Il faut du temps à chacun d’entre nous. Le récit des disciples d’Emmaüs rappelle que Jésus a d’abord cheminé un moment en écoutant ces hommes qui n’avaient rien compris de l’évènement pascal et de la mission du Christ. La foi dans la Bible commence par la mise en route d’Abraham, et nombreux sont les chemins des témoins, des prophètes, des apôtres, jusqu’à nous aujourd’hui encore. La foi est un don de Dieu et notre mission, c’est de préparer les cœurs à la rencontre, quand Dieu le voudra. Il en est l’acteur principal et nos impatiences de chrétiens bien élevés n’y changeront rien…

La pédagogie du Christ est exemplaire. On connaît Marthe et Marie, celle qui s’active et celle qui écoute. Une forte amitié humaine semble s’être installée avec Jésus, et Lazare, le frère, y a été associé. Jésus a probablement trouvé chez eux un repos bienfaisant, bref, ils sont liés. Alors, évidemment, quand la mort rôde, on appelle au secours, la confiance partage l’intimité si particulière de ces moments-là. Malgré les distances et les moyens limités de l’époque, la nouvelle arrive à Jésus, aux apôtres. Jésus n’y répond pas tout de suite. Comme il nous paraît lourd, ce silence de Dieu qu’on prie pour qu’il agisse, pour qu’il sauve… Marthe et Marie le diront à Jésus : « si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort… » Toutes ces questions qui nous bousculent, qui heurtent notre foi : « que fait Dieu ? » ou encore « s’il y avait un Bon Dieu… » Silence du samedi saint, quand Dieu semble absent, muet, impuissant devant la mort de l’innocent… Notre page d’évangile nous prépare à cette étape qui viendra bientôt pour Jésus. Elle nous prépare peut-être aussi pour les jours délicats durant lesquels le Covid-19 fera sa moisson de deuils, comme autant de grottes fermées par une pierre.

Jésus ne répond pas de manière magique et, dans notre page du chapitre 11 de saint Jean, c’est par sa présence humaine, par la délicatesse de son écoute, de sa disponibilité, par son émotion, par son empathie, qu’il fait cheminer son auditoire, en révélant par là-même qu’il est « le Dieu éternel qui, dans sa tendresse pour tous les hommes, nous conduit, par les mystères de sa Pâque, jusqu’à la vie nouvelle » (préface du 5ème dimanche de Carême). Car chez lui, l’humanité dévoile Dieu qui nous cherche et nous attend, et la divinité assume l’homme et le manifeste à lui-même dans sa haute dignité !

C’est pourquoi il s’agit de croire. Et de croire non en des dogmes ou des commandements, mais en la personne de Jésus. Croire intensément en celui qui est « le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde », en celui qui pleure les malheurs des hommes et se laisse toucher par nos pauvretés, en celui qui nous délie de ce qui nous retient dans les tombeaux de nos vies.

La personne de Jésus… Jésus comme il est, comme il parle. Jésus tellement libre en lui-même que nous pouvons être libres devant lui, libérés du vide qui plonge en nous, libérés de la peur qui nous rend violents, libérés de la volonté de domination et de tout maîtriser. Libres et déliés, pour travailler nous aussi à la libération de ce qui enchaîne encore ceux qui nous sont donnés autour de nous. Jésus tellement humain qui ne triche pas avec ses propres limites, qui dévoile humblement que nous sommes des êtres de don, faits pour vivre en relations vraies, appelés à une communion de plénitude près de Dieu. Jésus si divin jusque dans l’abaissement d’un Dieu de tendresse et de miséricorde, dans la lumière d’un amour qui transforme et apaise. Regardez longuement Jésus, écoutez ses paroles dans les évangiles, parlez-lui de vous, de ceux qui comptent, de ce à quoi vous n’arrivez pas, de vos désirs profonds, de vos peurs. Nous pouvons tout lui dire ! Jésus qui nous appelle ses amis, Jésus qui relève et qui pardonne, Jésus qui parle à Dieu comme à un père. Jésus qui donne toute sa vie et la partage comme un bon pain. Jésus qui a fait confiance à une bande de bras cassés, qui sont les prémices de son Eglise… « Seigneur, tu sais bien que je t’aime ». Marthe et Marie, Lazare, devaient lui parler comme à un frère. Essayons !

« Jésus cria d’une voix forte : Lazare, viens dehors ! Et le mort sortit. » A l’Eglise fragilisée ces derniers mois par l’aveu des crimes de quelques-uns de ses membres…, à l’Eglise qui ne sait pas toujours trouver les mots et les gestes pour accompagner l’humanité d’aujourd’hui dans ses tâtonnements…, à l’Eglise repliée sur des certitudes au lieu d’écouter la voix de l’Esprit Saint…, Jésus dit « viens dehors ! » N’est-ce pas ce que nous demande le Pape François quand il annonce une Eglise en sortie, à la recherche des périphéries existentielles ? N’est-ce pas ainsi reconnaître Jésus lui-même sorti du Père, qui nous fait devenir des vivants quand notre existence devient un évangile joyeux et servant ?

Nous ne sommes pas faits pour la mort, même si nous devrons la traverser. Lazare, viens dehors pour mieux voir la lumière que Dieu met en toi !  Amen ! 

Père Bernard Vignéras

 

 

25 mars : Fête de l'Annonciation

Version audio de la méditation 

 

 

22 Mars

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