Semaine Sainte

Crise sanitaire du Covid-19

Fil d'actualité destiné aux paroissiens de Notre-Dame-de-Lorette, Saint-Martin-en-Basse-Marche et Saint-Pierre-Saint-Paul

  

Samedi Saint et Vigile Pascale

 

Célébration de la Résurrection : message du petit matin

 

 

 

Homélie du Père Vignéras pour la Vigile Pascale

 


 

 

Méditation

Un silence aimant  

« Quel est ce grand silence, aujourd’hui, sur la terre ? » (Saint Epiphane - IVème siècle)

Plus de rites, un autel vide, des cloches qui ne sonnent pas, le Samedi Saint contraste avec la magnificence du Jeudi Saint et la gravité du Vendredi Saint. Il marque le passage entre la mort du Christ et sa résurrection, dans une atmosphère d’obscurité et d’attente. C’est le jour du grand silence de l’espérance en la résurrection. Cette espérance des chrétiens s’enracine dans l’amour du Père qui envoie son Fils pour leur ouvrir les portes de la vie éternelle par le don de sa propre vie. 

« Jésus déposé au sépulcre partage avec toute l’humanité le drame de la mort…Dieu se tait, mais par amour. Cet amour silencieux devient attente de la vie dans la résurrection » (Pape François).

Ce silence nous interpelle et nous porte à vivre le Samedi Saint avec humilité comme un temps de ressourcement intérieur, porteur de réconfort, avant d’entrer dans la nuit de la joie, dans la lumière de la Résurrection de Jésus.  

Cependant, à l’heure où nos sécurités tombent les unes après les autres, dans un contexte épidémique sans précédent, qui conduit à l’isolement et révèle l’extrême fragilité de l’homme, c’est un long Samedi Saint que nous vivons, comme l’exprime Sœur Véronique Margron, théologienne, dans une récente interview au journal Le Point : « Ce temps de pandémie, c’est un long silence qui enveloppe notre humanité, un temps où il nous faut tenter de demeurer là, présents silencieusement…Pour nous chrétiens, cette période est un acte de Foi. Jésus vient à nous pour partager nos inquiétudes et notre impuissance». 

De nombreuses familles sont touchées et endeuillées, n’est-ce-pas l’occasion de redécouvrir notre mission de serviteur en nous reliant à distance, avec bienveillance, empathie et inventivité à ceux qui, dans cette épreuve, sont confrontés aux grandes interrogations de l’existence ? Qu’ils ressentent solitude, désarroi et vulnérabilité, qu’ils souffrent dans leurs corps ou qu’ils éprouvent la douleur de la séparation, la promesse de Pâques doit être leur consolation. 

N’hésitons pas à nous recentrer sur l’essentiel qui est l’amour de Dieu et du prochain, comme nous y invite le fil rouge de notre année pastorale « Frères et sœurs aimés de Dieu ». Aidons nos frères et sœurs à distinguer dans les ténèbres cette petite lumière de Pâques que l’on appelle fraternité.

Oui, Pâques est toujours au bout du chemin. Aucune pandémie ne pourra vaincre notre espérance qui puise son fondement dans la Résurrection du Christ, la victoire de l’amour sur la mort.

 

 M-Catherine Barret-Bonnin

 

 

 

Vendredi Saint 

 

Chemin de Croix

 

  

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Homélie du Père Vignéras (texte et vidéo)

C’est un arbre qui étend ses branches vers le ciel et vers l’horizon. Les oiseaux n’y peuvent nicher, même s’il est possible qu’ils s’y reposent un instant. Il a été dépouillé de son feuillage. Fiché solidement en terre, il tient bon, il en a vu d’autres. Il y a peut-être quelques bourgeons qui se frayent un chemin sur le bois mal équarri, il aimerait reverdir. Il y en a deux comme lui, un de chaque côté, comme pour un bosquet. Il se réjouit qu’ils ne soient pas plus nombreux.

Cet arbre est un trône. Il surplombe la foule, du haut de son monticule. On l’a laissé là, aux portes de la ville. Il est comme un défi pour ceux qui se croient en sécurité dans les murs de leurs certitudes. Il y a toujours de la crainte devant ce qui vous échappe, la crainte devient peur, la peur se fait violence. Elle détruit parce qu’elle a déjà défiguré à l’intérieur le sujet qui ne sait accueillir la douceur du Roi.

Cet arbre est une antenne. Elle écoute le ciel. Elle capte la voix de fin silence. L’œil ne voit pas, mais le cœur entend. Elle unit par-delà les distances, les différences. Elle ne connaît pas les frontières. Elle porte la nouvelle, comme une pierre qui crie quand nous nous taisons. Elle émet ce que nul ne veut entendre, et reçoit ce que nul ne croit plus possible.

Cet arbre est une porte. Elle s’ouvre sur l’abîme, la démesure. Elle aspire et engloutit. Il semble qu’on ne puisse en revenir, dans l’autre sens. Nous n’avons que les mots d’ici pour parler de là-bas, et nos jugements pour images. Il est seul, celui qui passe cette porte, rendu à sa nudité, avec pour unique besace et pauvre trésor les petits grains de blé d’amour et de service.

Cet arbre est un chemin. Une autre route prolonge celle qui a conduit là. Un autre horizon, pour une promesse accomplie. Une espérance qui a pris visage. Un avenir qui recrée l’origine, au bout de la nuit. Un printemps de liberté, si longtemps attendu. Ce chemin est une parole qui retourne et renverse.

Sur l’arbre, le Fils de l’Homme. Le Fils de Dieu. Dieu crucifié. L’homme anéanti. Qu’est-ce que l’homme pour que Tu penses à lui ? Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? Sur l’arbre de la croix, Dieu et l’homme, unis pour toujours.

Je regarde ta croix, aujourd’hui, Seigneur Jésus. Je sais que tu portes toutes les nôtres, pour qu’elles deviennent un arbre de vie.

Amen. 

Père Bernard Vignéras

 

 

 

Méditation

Jésus dit : « Tout est accompli »

Il n'y a pas de plus grand acte d'Amour que ce dernier soupir de Jésus- Christ par Amour pour les hommes, pour nous.

Jésus-Christ a tant souffert dans sa Passion ; pourtant au milieu de ses souffrances, il nous ouvre grand ses bras. Existe-t-il un geste d'Amour plus grand ?

Contemplons cette confiance dans ce Dieu d'Amour : « Entre tes mains, Père, je remets mon Esprit. »

Le temps de la grâce est arrivé, le temps de la délivrance, le temps du Royaume de Dieu. 

Tout est accompli, mais tout reste à faire, tout a été donné mais tout reste à vivre.

La voix de Dieu nous dit face à la Croix du Christ, comme à Josué (1-2) en son temps : « Aujourd'hui mon serviteur est mort, maintenant lève-toi, passe ce Jourdain, toi et ton peuple, pour entrer dans le pays que je donne. »

Comment ne pas faire un parallèle avec ce que nous vivons ?

Face à ce fléau COVID 19, tant de personnes partent sans famille, sans aucun soutien si ce n'est le personnel soignant si dévoué ; ils partent sans rien mais ils vont directement vers ce monde où Dieu nous attend : « Je serai avec toi, je ne te délaisserai point, je ne t'abandonnerai point. » (Josué 1,5)

Retroussons nos manches, construisons ce monde nouveau d'Amour, de Fraternité, de Liberté !

Que cette longue « retraite » imposée pour notre survie nous permette, tant que nous sommes sur terre, de vivre en frères aimants, du plus humble au plus aisé, du plus jeune au plus âgé.

Que cet Amour que Jésus nous a donné en mourant sur la Croix, fortifie notre Foi et nous fasse grandir tous ensemble ; afin que, nous aussi, lorsque la porte de notre vie terrestre se fermera, nous allions confiants vers celui qui nous attend, Notre Seigneur et notre Dieu.

Si nous mettons notre Foi en Jésus, nous sommes éternellement pardonnés, transformés et nous aurons la vie éternelle. 

Jésus, Fils de Dieu mort crucifié par Amour pour nous, en te contemplant, nous savons que Dieu nous attend vers un « pays ruisselant de lait et de miel (Ex 3,7) où coule l'eau (source de notre baptême) ; éblouis par la lumière de l'Esprit Saint, nous entrerons tous, un jour, à la lumière de la Vie éternelle près de Toi. »

                                                                                    David Huguet

 

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Jeudi Saint

 

Homélie du Père Vignéras (texte et vidéo)

Ce soir, la table est grande ouverte, mais les invités ne peuvent pas venir…

A l’époque de Jésus déjà, ce repas devait être bien étrange, dans une atmosphère en partie irrespirable. Ils sont là, les apôtres, confinés avec Jésus dans cette salle haute ; ils ne savent pas bien ce qui va leur arriver, mais ils ont sûrement déjà compris que l’orage est prêt à éclater. Mais Jésus semble paisible, les choses doivent se dérouler en leur temps. Et pour l’heure, c’est un repas dans le contexte de la Pâque juive. Le mémorial de la libération d’Egypte est à la fois une grande douleur et une immense espérance. Cette libération a été un arrachement vers un long cheminement. On sacrifie l’agneau, le pain n’a pas eu le temps de lever, on mange en écoutant le plus ancien. On raconte la liberté pour avoir la liberté de raconter, de se raconter, et de s’inventer autrement. Et les plus jeunes questionnent : pourquoi… ? En quoi cette nuit est-elle différente des autres nuits… ?

Il prend le pain, le vin. Il rassemble dans ce partage tout ce qu’il a vécu, éprouvé, accueilli, et ceux qu’il a relevé, écouté, guéri. Sa parole dévoile ce qu’il est, ce qu’il a dit, ce qu’il a fait, et c’est tout un. Il est la vraie nourriture, et il va tout donner en se donnant lui-même. Prenez, mangez, buvez… ouvrez votre appétit, Dieu est tout offert. Ne laissez rien, gavez-vous de moi, la route sera âpre pour faire le passage, pour devenir l’agneau livré, pour que soit inscrit dans vos corps et dans vos cœurs l’unique nécessaire, jusqu’à la folie de la croix. Il ne suit plus exactement le rituel de Pessah, il devient lui-même le rituel d’un autre passage. 

Et il lave les pieds de ses apôtres, lui le Seigneur ! Voici donc que la table se fait chemin, qu’elle ouvre d’autres routes puisqu’on ne peut s’installer quand on aime. Car il faut sortir encore pour en finir de tous les esclavages, et de nos prétentions à dominer, paraître, posséder. Il lave les pieds, il est par terre celui qui sera bientôt élevé sur une croix. Il lave la poussière que nous sommes, cette poussière pourtant habitée du souffle de Dieu depuis la création d’Adam, mais qui l’a si souvent oublié…

Ce soir, la table est grande ouverte, mais les invités ne peuvent pas venir… Je ne laverai pas les pieds de qui que ce soit, sinon mentalement. Je ne toucherai pas les mains qui auraient dû recevoir le Seigneur dans le Pain de vie. Les oreilles ne vibreront pas à l’écoute des Ecritures. Les yeux ne verront pas que la table est belle et qu’elle nous est donnée pour affronter la nuit.

La maladie que nous subissons a ceci d’horrible qu’elle nous impose par prudence de nous tenir à distance les uns des autres. Mais les sacrements passent par notre corps, et ce n’est pas qu’une belle parole. Dans cette absence, je ne puis que désirer encore et encore pour aimer et servir, encore et encore. Dans cette absence, je déposerai sur la table le corps des victimes, celui des soignants et celui des bénévoles de la solidarité qui font notre admiration en ce moment, et encore celui de ceux qui font tenir notre société, celui des chômeurs et celui de ceux qui s’inquiètent pour l’avenir de leurs commerces et de leurs entreprises. Nul doute, l’eucharistie n’est pas un dessert pour enfants sages, comme le disait un évêque, non, c’est une relation de combat !

Ce repas est bien étrange, ce soir. Il me rapproche de tous ceux et celles ici ou ailleurs qui ne peuvent pas vivre régulièrement l’eucharistie, qui ce soir en sont tenus éloignés. Il me rapproche de ceux et celles à qui personne ne lave les pieds, n’apaise les larmes, ne propose un baume de tendresse et de dignité. Il me rapproche de ceux et celles qui veillent dans la peur ou la solitude sans trouver le sommeil. Je vais, moi, en célébrant ce Jeudi Saint, communier au Corps et au Sang du Seigneur, dans l’action de grâces pour le ministère que j’ai reçu de l’Eglise, en communion avec notre évêque et mes frères prêtres et diacres, avec tous les chrétiens engagés en responsabilité, en communion avec l’Eglise Corps du Christ. Je vais communier à cette Eglise invisible ce soir, les bras ouverts pour offrir chacun dans la prière. 

Avec le Christ, chers amis, vivons le grand passage. Là où sont amour et charité, là demeure Dieu ! Amen.

Père Bernard Vignéras

 

 

 

Méditation 

Jeudi Saint : notre Pâque au désert 

Avec Toi nous irons au désert… En ce Carême 2020, nous sommes bien au désert ! Nous serons privés de notre participation physique au dernier repas du Seigneur. Mais, réjouissons-nous car, au désert, Dieu parle à l’homme en cœur à cœur ! Alors écoutons attentivement la Parole de Dieu : la 1e lettre de saint Paul aux Corinthiens qui rappelle la Cène du Seigneur (1 Co 11, 23-26). Et concentrons notre méditation sur trois verbes : prendre, rendre grâces, rompre. 

Le Seigneur Jésus prit du pain. Jésus prend dans ses mains, non seulement les grains de blé de la Création Divine, mais encore tout le travail accompli par le semeur et la femme qui mout le grain et pétrit la pâte. Il prend aussi dans ses mains tous les petits, les malades, les aveugles et les lépreux qu’il a rencontrés sur les routes de palestine. Dans ses mains, il prend même toute l’humanité de tous les temps. 

En ce Jeudi Saint, nous aussi nous prenons tout le travail des hommes et des femmes d’aujourd’hui, non pas de nos mains, mais avec notre cœur. Nous prenons nos familles, nos amis, les personnes âgées de nos connaissances, toutes les relations, malgré tout heureuses, que nous avons tissées ces dernières semaines… par le biais des moyens modernes de communication. 

Le Seigneur rend grâces. La Création de Dieu, le travail des hommes… voilà qui est merveille ! Jésus sait que c’est l’Esprit de Dieu qui est à l’œuvre dans les gestes du semeur ou dans ceux du vigneron qui taille la vigne et actionne les pressoirs. Tout vient de Dieu. De sa voix et de son coeur, Jésus rend grâces à son Père, non seulement pour le mystère de la graine qui germe mais encore pour tout le labeur des humains. 

Nous aussi, nous rendons grâce au Père pour la Planète Terre qu’il nous a confiée, mais aussi pour le labeur et le dévouement des hommes et des femmes de notre temps. Certains, comme les soignants et les travailleurs invisibles, vont jusqu’à donner leur vie pour sauver et servir les autres. En eux, nous reconnaissons le Visage de Père aimant.

Le Seigneur rompt le pain. Ce pain rompu va devenir son corps : « ceci est mon corps. » va-t-il dire. Il ne coupe pas le pain, il le rompt avec ces mains car il sait que son corps va être rompu, comme déchiré. Ces morceaux seront partagés et mangés, non seulement par les Douze, mais encore par tous les humains de tous les temps qui se diront ses disciples. 

Pour nous aujourd’hui, le pain rompu c’est le supplice injuste de Jésus notre Maître, mais c’est aussi toute la souffrance humaine qu’il est venu partager. Le pain rompu, ce sont nos peurs, nos solitudes, nos angoisses, nos morts, nos deuils, en ce terrible moment de l’histoire de l’humanité. Et si cette année, nous ne mangerons pas ce pain, ce sera pour jeûner de ce qui est, peut-être devenu malgré nous, une routine. Sans doute comprendrons-nous mieux que nos relations humaines permises par la magie de la technologie, sont aussi partage du pain rompu, corps de Jésus. 

Alors Jeudi Saint,  fêtons notre Pâque au désert, le cœur en fête !

Nicole Raynaud

 

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Une Semaine "Sainte" 

La liturgie romaine nous donne de vivre chaque année quelques jours particuliers, au fil d’une semaine qui fait mémoire des derniers moments de la vie de Jésus de Nazareth. Ces jours, et plus spécialement le jeudi, le vendredi, le samedi et le dimanche, constituent le cœur de l’année chrétienne, avec le mémorial du dernier repas, la nuit à Gethsémani, l’arrestation, la torture, la mise en croix, la mort de Jésus. Sa mise au tombeau. Et l’inouï du petit matin de Pâques.

Un temps de préparation de quarante jours a précédé cette semaine. C’est le Carême, qui s’achève le jeudi matin avant Pâques, normalement par une messe chrismale, messe du Peuple de Dieu durant laquelle l’évêque bénit l’huile des catéchumènes et l’huile des malades et consacre le saint Chrême, qui servira pour les baptêmes, les confirmations et les ordinations. Cette célébration est aussi l’occasion pour les prêtres de renouveler l’engagement qu’ils ont pris le jour de leur ordination.

Revenons aux trois jours de la semaine sainte, le triduum pascal. A l’origine, on ne faisait qu’une seule célébration dans la nuit du samedi au dimanche, avec la totalité du mystère pascal de la mort et la résurrection de Jésus. Progressivement, on a déployé la liturgie pour en quelque sorte ‘accompagner’ Jésus et vivre avec lui son abaissement et sa gloire, en fidélité aux récits évangéliques, qui ont une résonnance si forte.

Le jeudi saint fait mémoire du dernier repas de Jésus avec ses apôtres. On y rappelle un double mouvement : celui de l’institution de l’eucharistie (« en mémoire de moi ») et celui du lavement des pieds (« vous aussi, les uns aux autres »), ce qui nous dit que Jésus demeure présent au milieu de nous inséparablement dans l’intimité qu’il nous offre dans un repas et dans l’engagement concret du service des frères. On veille le soir, pour prier avec Jésus dans la nuit du jardin des oliviers.

Le vendredi saint est rude. C’est le jour de la croix, dans toute son horreur… On relit le récit de la Passion chez St Jean, dans sa crudité. On fait un chemin de croix, en embrassant dans la même prière le don de sa vie par Jésus par amour pour nous (« Ce sont nos péchés qu’il portait ») et la longue cohorte des souffrants de la terre (« venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau »). On jeûne non d’abord par pénitence mais pour attendre le jour nouveau.

Samedi… Jésus a été mis au tombeau. Silence implacable. Même Dieu semble se taire. Ce jour est si cruel. Il fait résonner tous les « pourquoi » de la terre entre colère et abattement. On bascule dans le vide. Et pourtant, c’est le jour de grande espérance, car nous savons déjà la victoire acquise !

Alors il y a un cri dans la nuit, tôt le matin : « Il est vivant ! » La mort n’a pu le retenir, il l’a traversé. Le tombeau est vide parce qu’il n’y est plus. Tout s’éclaire maintenant, pour contempler le crucifié ressuscité, vainqueur des ténèbres. La célébration de la nuit est longue, elle s’ouvre sur la fête du Christ lumière du monde, avant de nous donner d’entrer dans l’écoute du Premier et du Nouveau Testaments, relatant l’histoire du salut. Le Ressuscité va alors être présent plus pleinement encore dans les sacrements du baptême et de l’eucharistie. Renouvellement de la profession de foi, baptême d’adultes s’il y en a, fête du repas du Seigneur, où à la suite des disciples d’Emmaüs, chacun reconnaît le Vivant quand il partage le pain.

Le brasier qui avait été allumé au début de la célébration n’est plus que cendres, mais c’est à chacun de nous, désormais, de porter plus loin le feu de la Parole, le feu d’un amour qui transforme et engage, le feu d’un visage qui embrase maintenant l’humanité entière.

Père Bernard Vignéras

 

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Homélie du Père Vignéras pour le dimanche des Rameaux et de la Passion

J’aime beaucoup cette fête des Rameaux !  Il y a un souffle de vie qui traverse une séquence pourtant dramatique. D’ailleurs, c’est le dimanche des Rameaux et de la passion, ce qui annonce déjà ce qui va suivre pour Jésus. J’aime beaucoup cette fête parce qu’elle parle aux gens d’ici, qui viennent toujours nombreux faire bénir leur buis. D’une année à l’autre, on retrouve des visages, on se regarde. Tiens la mère machin, elle a pris un coup de vieux ! Oh, Marcel, il a bonne mine ! Ah ben je ne vois pas les petits du hameau, ils ont dû aller hier soir… C’est la famille qui se rassemble, dans sa grande diversité de convictions, d’engagements, et nul ne sait ce qu’il y a dans les cœurs, gardons-nous de juger…

Oui, elle parle de vie, même si on ira poser les rameaux sur la tombe d’un être cher, et justement aussi pour ça, parce qu’il y a le mystère de la vie et de la mort, que l’amour qu’on a vécu ensemble n’est pas mort dans les cœurs et qu’on sait qu’il y a quelque part quelqu’un qui veille sur nous. Le rameau toujours vert désigne cette espérance d’immortalité. En ces temps d’épidémie, comme on se sent vraiment terrien, on a besoin de cette espérance. A Jérusalem aussi, on a levé des branches pour acclamer cet homme si étonnant, ce Jésus de Nazareth qui a une parole si forte, une proximité si grande avec Dieu, un courage si vrai devant les chefs religieux. Le rameau, c’est sans doute le loulav de la fête des Tentes, la fête juive de Soukkot, quand on tient dans la main la branche de palmier, 3 branches de myrte, deux branches de saule et une sorte de citron. Aujourd’hui encore, pendant les jours de la fête, nos frères juifs prennent ce bouquet le matin pour la bénédiction, en les agitant vers le haut, vers le bas, et vers les quatre points cardinaux. A l’origine, c’est une fête agricole, qui permet de rendre grâces pour tout ce qui existe dans la nature. Pour nos frères juifs, ce loulav est une sorte de parabole de l’ensemble du peuple juif, dans sa diversité et dans sa solidarité. Seule compte la joie d’être ensemble, autour d’une fête commune, d’un projet commun !  Car la fête des tentes rappelle cette période de la marche au désert pendant l’exode, quand on espérait la terre promise.

« Maintenant notre marche prend fin devant tes murs Jérusalem ! » Ce sont les mots du psaume 121, l’un des psaumes des montées, qu’on chantait quand on venait à Jérusalem en pèlerinage, comme justement pour Soukkot. La marche de Jésus va prendre fin à Jérusalem, en effet. Pour l’heure, il entre triomphalement, acclamé par une foule qui hurlera sa mort dans quelques jours. Il est acclamé comme le fils de David, ce qui est un titre de royauté. Il y a comme une fièvre brûlante dans ce petit peuple versatile, dont la joie est aussi forte que le sera sa frénésie à condamner à mort ; il y a la fièvre d’une espérance, car on attend celui qui doit venir, celui qui va libérer le pays de l’occupant, celui qui va rétablir la royauté comme on croit que Dieu la veut, celui qui fera la paix pour son peuple. Mais Jésus n’est pas un roi selon les canons du monde. Ce roi est juché sur un âne, sa couronne sera faite d’épines, son trône en forme de croix… Il avance sur les vêtements jetés au sol, alors qu’il sera lui-même dénudé sous peu. A-t-on déjà vu un roi pareil ? Faut-il lui faire confiance ? Quel est son pouvoir ? 

A-t-on déjà vu un roi pareil ? A-t-on déjà vu Dieu s’engager comme ça dans notre humanité ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit ! Dans l’abaissement de Jésus humilié, c’est Dieu qui livre son cœur, Dieu qui connaît ce qu’il y a dans l’homme, Dieu mendiant de notre liberté. Dieu approché non par en haut pour nous dominer ou nous corriger, mais Dieu très bas qui n’a qu’un seul projet, celui de nous relever, de nous permettre de tenir debout, de vivre la fraternité au milieu des autres. Ce Dieu-là n’est pas un épouvantail dangereux et implacable qui se jouerait de nous, une chimère intolérante et finalement impuissante à écouter nos larmes. Jésus est Fils de ce Dieu, et sa royauté n’écrase pas mais libère. Avec Jésus, c’est la longue marche d’un peuple sorti de son esclavage en Egypte qui prend fin devant les murs de Jérusalem. C’est vers cette porte qu’avec Moïse, il quittait l’amertume de la persécution pour se laisser enfin trouver par Dieu.

Il est enfin à Jérusalem… La cité de David, la montagne de Sion, la ville du Temple au milieu duquel Dieu est présent, la « shekina », le lieu du repos de Dieu. Jérusalem, lieu de la Révélation finale, le lieu où tout converge et d’où tout repart vers les nations, ville choisie par Dieu, appelée à la compassion et à la consolation. Jérusalem « devrait être partout où l’on aspire à la paix, partout où le cœur s’ouvre à la prière, à la générosité, à la reconnaissance. » (Elie Wiesel). Que chaque personne, chaque famille, chaque communauté devienne une petite Jérusalem « où tout ensemble fait corps, où tout ensemble ne fait qu’un ! », comme le dit le psaume 122 ! En sa personne, Jésus nous ouvre cette Jérusalem.

Hosannah ! crie la foule. « Hoshi’ana » dit l’hébreu, c’est-à-dire « donne le salut », en écho au psaume 117 verset 25 : « Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire ! » qui est justement le cri poussé le septième jour de la fête des Tentes. Hosannah, au plus haut des cieux ! Hosannah au nom du Seigneur qui vient dans son sanctuaire, Hosannah au venant de Dieu ! Hosannah sur les malades qui ont besoin d’être sauvés de la maladie ! Hosannah sur les familles blessées ! Hosannah sur ceux qui désespèrent ! Cet Hosannah est vivant au milieu de tant de générosités et d’entraides qui disent un salut en actes. Cet hosannah qu’on chante à la messe et qui aurait dû accompagner la procession d’entrée si justement nous n’étions pas tous confinés chez nous. Qui aurait dû…

Cette année nos rameaux ne seront pas bénis ce dimanche, à moins que ce ne soit par des bénédictions électroniques venus par la télé ou la radio, données par nos évêques en leur cathédrale et retransmises jusqu’à nous. Alors, j’invite aussi un des parents à la maison à bénir les rameaux qu’on aura pu rassembler, branche de buis, de sapin ou autre végétal selon ce qui nous est possible, sans prendre de risque inutile pour s’en procurer. Il faut que le maître de maison partage ce rameau comme un rameau de paix, comme peut-être il partage le pain dans un acte d’offrande pour la maisonnée !

J’aime beaucoup cette fête des rameaux. A nous qui aimerions enfin pouvoir sortir dehors, elle nous fait garder une autre intériorité, une intimité qui souffle le bonheur de vivre, une attente plus forte de nous retrouver. Parce que nous sommes appelés à devenir un rameau vivant pour acclamer la vie, la vie renforcée, la vie qui a traversé l’épreuve et la mort sous l’une ou l’autre de ses formes. Hosannah au Dieu de la vie ! 

Amen

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Méditation pour le dimanche des Rameaux et de la Passion 2020

 

Nous avons tous en mémoire une représentation de la scène biblique où Jésus entre en triomphe à Jérusalem. On le voit assis sur un âne, entouré de ses disciples et d’une foule bigarrée et joyeuse qui l’acclame. Elle étale devant lui des manteaux et agite des palmes et des branchages.

Son visage est grave. A quoi pense-t-il ? A quoi pense-t-il en avançant au rythme lent du pas de l’âne qui le porte ? Il sait ce qui l’attend à Jérusalem. Ce qui l’attend, c’est la Passion et la mort. Il y a déjà consenti. Mais pour l’instant, il vit le moment présent. Il regarde autour de lui.

La joie de la foule éclate comme éclatent les bourgeons au sortir de l’hiver. Comme s’ouvre la terre sous la poussée de l’épi de blé. Rien ne peut empêcher les saisons de se succéder. Rien ne peut empêcher la sève de circuler. Elle monte, inexorablement, pour que soit manifestée la gloire de notre Dieu créateur. Ainsi avance Jésus, inexorablement.

La foule que nous formons tous ensemble, depuis la nuit des temps, assiste à ce miracle, siècle après siècle, année après année. Il est pour tous ! Que nous criions de joie ou que nous soyons indifférents, que nous agitions des rameaux ou que nous détournions la tête, la sève irrigue notre être et engendre fleurs, fruits ou épis. « Chacun selon son espèce ». 

Cette année, beaucoup d’entre nous ne voient pas le printemps. Les malades bien sûr, les soignants, les professionnels qui assurent notre quotidien. Mais aussi tous les confinés sans jardin. Ils ne voient pas la nature s’éveiller, les arbres se couvrir de fleurs. Ils n’entendent pas le pépiement des oisillons dans les nids. Ni le cri des enfants. Pourtant, cela se fait quand même. Rien n’arrête le cours du temps. 

Jésus monte lentement à Jérusalem au milieu de la foule. Il regarde les visages qu’il croise. C’est le visage de l’humanité qui aspire au bonheur, prête à faire roi le premier qui le lui promettra. Lui, Il lui propose bien plus. Il lui propose le Salut. En est-elle consciente ? 

Il demande humblement à chacun de le suivre là où il va. Et nous le suivrons, tout au long de cette Semaine Sainte qui commence. Chacun confiné chez nous mais unis dans l’Esprit. Ensemble nous le laisserons nous laver les pieds, nous lutterons contre le sommeil au Jardin de Gethsémani, nous gravirons le Chemin de Croix, nous pleurerons à l’heure du supplice. 

Alors dans la nuit de Pâques, avec tous ceux qui ont rejoint la Jérusalem Céleste, ceux qui sont malades, ceux qui n’en peuvent plus de fatigue, de chagrin et de solitude, nous pourrons chanter à tue-tête l’Exultet, la victoire de la vie sur la mort, la victoire du Christ ressuscité !

 

Françoise Durieux