Méditations pour le temps du Carême

Méditation pour le 5ème dimanche de Carême 2019 - Jean 8, 1-11 

Quand Saint Augustin raconte la rencontre entre Jésus et la femme adultère, il emploie deux termes latins :  misericordia et misera. Voilà le mystère de l’amour de Dieu quand il vient à la rencontre du pécheur : « Il ne resta que la misérable pécheresse en face de la bonté miséricordieuse ». Le pardon n’est pas une idée abstraite, mais une rencontre en vérité.

Cette scène est très visuelle, avec des déplacements (ceux de Jésus, de la foule, des scribes et des pharisiens) et des mouvements du corps (Jésus se baisse, se relève, se baisse, se relève). La femme sert de fil conducteur, elle est au milieu… du groupe, de la mise à l’épreuve de Jésus, de notre attention, de la miséricorde de Dieu. Un adultère, mais avec la seule femme. Où sont passés le mari, l’amant ? Parler d’adultère en Israël, c’est aussi évoquer l’infidélité du peuple de Dieu, quand il préfère les idoles. Et Jésus qui écrit sur le sol, par deux fois. Faut-il y lire l’accomplissement de Jr 17, 13 : « ceux qui se détournent de moi seront inscrits sur le sol. » ? Et dans ce cas, les noms inscrits sont-ils ceux des gens qui allaient lancer les pierres, davantage que celui de la femme prise en faute ?  Les nôtres, quand nous jugeons et refusons de pardonner ? La parole de Jésus a retenu ces hommes de commettre un acte de violence, et c’est librement qu’ils renoncent : leur aveu implicite peut être compris comme un début de leur propre délivrance du mal. Car sa mission est de sauver non de condamner. Et l’acquittement de la femme, loin d’une solution de facilité, devient un appel à la conversion, un engagement à vivre la libération reçue. 

Le mouvement du corps de Jésus et la mention du mont des oliviers disent l’imminence de la Passion. Jésus abaissé et élevé en croix, mis au tombeau et relevé des morts… c’est ainsi que Jésus va réconcilier avec Dieu l’humanité prisonnière de sa condition pécheresse. C’est pourquoi aucun d’entre nous ne peut poser de conditions à la miséricorde divine. Tout se révèle dans la miséricorde ; tout se résout dans l’amour miséricordieux du Père.

Père Bernard Vignéras

 

Méditation pour le 4ème dimanche de Carême 2019  Luc 15, 1-3. 11-32

Un père modèle  

Depuis des mois, le père est à la fenêtre, les yeux fixés sur le bout du chemin. Il attend… Un jour, le voilà qui sort et court. Au loin, il a aperçu le fils cadet de retour d’un pays lointain. Mais que voit-il ? Un fils coupable d’avoir gaspillé son héritage ? Non. C’est un fils aux joues creuses, au regard vide, aux vêtements en haillon qu’il voit. Touché au plus intime de lui-même, il veut au plus vite convertir son regard et voir un autre fils, restauré dans sa dignité. Pas de temps à perdre, il le fait habiller du plus beau vêtement, d’une bague et de sandales.  Une véritable résurrection voulue par le père. De tous ses sens en éveil, il veut réhabiliter son fils. Par l’odeur de la viande rôtie, par le son des harpes et des flûtes, le père veut dire toute sa joie et entraîner toute sa maisonnée à s’y associer.

Le fils aîné, le fils fidèle et travailleur arrive à son tour. Et lui, que voit-il ? Un coupable d’avoir dévoré le bien du père avec des prostituées. Que sent-il ? La viande rôtie, mais elle a pour lui l’odeur de l’amertume. Qu’entend-il ? Le son des instruments de musique, mais ceux-ci grincent à ses oreilles. Il n’entend pas la joie de son père et de sa maisonnée. Il ne veut pas redonner vie à son frère. Il ne veut pas le ressusciter et le laisse pour mort. Quant à lui, il est moribond de n’avoir pas voulu convertir ses sens. Il n’a pas su mettre en éveil les sens de son cœur. Il en est resté au premier ressentiment.

Et nous, qui sommes en marche vers Pâques, à qui ressemblons-nous ? Au père ou au fils aîné ? Savons-nous convertir nos sens, ou au contraire en rester à un premier ressentiment ? Savons-nous transcender nos visions, ou en rester aux apparences ? Savons-nous transformer les événements troublants ou scandaleux que nous vivons actuellement en une espérance de résurrection en germe ? Tout un programme de Carême que nous sommes invités à suivre, en compagnonnage avec ce père modèle. 

Nicole Raynaud

 

Méditation pour le 3ème dimanche de Carême 2019 Luc 13, 1-9                

« Convertissez-vous » Changez votre façon de voir, d’agir. Ne soyez pas des croyants de façades, soyez des croyants en profondeur, en vérité. Saint Luc nous rapporte le massacre des Galiléens, la chute de la tour de Siloé. Tous les êtres vivants meurent, les convertis comme les non convertis, les pécheurs comme les justes. Alors, que faire ? C’est là que Jésus nous invite à faire comme le vigneron. Pour soigner le figuier malade, il bêche et met du fumier afin que l’arbre donne des fruits. Il s’occupe de lui. Rien n’est fichu. Mais pour cela, il faut effectuer une démarche qui ne va pas de soi, il y a un risque à prendre. En effet, la conversion est coûteuse et risquée : la crainte que rien ne marche nous empêche d’agir. Il s’agit donc bien d’un manque de Foi de notre part. La conversion est un acte de Foi, le Carême est le temps de la Foi. 

Bienheureux Saint Luc qui nous fait une piqure de rappel. Nous n’aurons pas trop des 40 jours de Carême pour faire un pas de côté et nous retourner. C’est la grâce que nous devons demander au Seigneur : un peu plus de Foi.

Seigneur, plus je croirai en toi, plus tu prendras racine dans mon cœur et plus je serai apte à mieux te servir et à te suivre sur le chemin de la Foi.

Maurice Vigier

 

Méditation pour le 2ème dimanche de Carême 2019 - Luc 9, 28b-36    

Ce dimanche matin, nous prions encore avec Jésus, mais aujourd’hui il nous conduit sur la montagne, au-dessus du train-train quotidien, au-dessus des vicissitudes de notre monde. Loin de la foule qui le suit habituellement, seuls Pierre, Jean et Jacques l’accompagnent, quel honneur d’avoir été  choisis par le Christ. Dans l’intimité de ce haut lieu, les disciples assistent à la transfiguration de Jésus : « l’aspect de son visage devint autre, son vêtement devint d’une blancheur éblouissante ».

Deux autres personnes parlaient avec Lui, Moïse et Elie. Ensemble ils évoquaient la mort prochaine de Jésus. Les disciples avaient devant eux une évocation de l’ancien testament et de l’évangile, mais peut-être ne le savaient-ils pas encore. Malgré leur fatigue, leur conscience s’éveille à la lumière de cet événement. Jésus leur apparaît dans une clarté nouvelle, il est le Messie qui a été annoncé par les prophètes. Pour que cet instant de bonheur continue, se prolonge, pourquoi ne pas rester et dresser des tentes.

Et maintenant cette nuée, elle les enveloppe, et une voix se fait entendre: « celui-ci est mon fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! ». Les disciples sont effrayés. Comment aurais-je réagi ? Je me serais tue, émerveillée, éblouie ! La voix se tait, la nuée disparaît,  ils sont là tous les quatre, il faut redescendre, retrouver l’ordinaire de leurs vies.

Contrairement aux disciples qui « gardèrent le silence », nous devons témoigner de notre Foi, certes avec nos pauvres mots, mais avec sincérité et avec des actes envers nos frères et sœurs. En ce temps de carême faisons nôtre cette parole du Père à son Fils : « Ecoutez-le ! ». Mettons nos pas dans ceux de Jésus, lui qui nous montre son visage et nous invite à la conversion. Peut-être aurons-nous un jour le bonheur d’entrer dans  la nuée, nous serons alors des « habitants des cieux ! »

                                                                                         Marie-Jo Roulland 

 

Méditation pour le 1er dimanche de Carême 2019 - Luc 4, 1-13

Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu

Jésus a connu la tentation ! J’allais dire : comme nous ! Après son baptême, avant de partir en mission, Jésus se retire pendant 40 jours dans le désert. Et là, il est confronté au diable, au tentateur ! Son identité de Fils de Dieu est mise à l’épreuve en trois tentations. Au bout d’un long jeûne, Jésus a faim et le diable lui parle. S’il change les pierres en pain, il aura l’abondance. S’il se prosterne devant l’idole qu’est le tentateur, il obtiendra le pouvoir sur tous les royaumes de la terre. Enfin, s’il se jette dans le vide, au sommet du Temple à Jérusalem, il gagnera le prestige car les anges le garderont.

Or, tout cela est du leurre, Jésus connaît les Ecritures. Il sait bien que Dieu seul (et pas seulement le pain) peut combler toutes les faims de l’homme. Il sait bien que Dieu seul (et non le diable) donne ce qui est bon pour l’homme. Il sait bien que Dieu seul est l’Amour absolu et qu’on doit lui faire entièrement confiance.  

Le diable et le Christ n’ont pas la même idée du Fils de Dieu. A la fin, le tentateur va se servir d’un verset du Psaume 90 pour semer le doute en Jésus en l’incitant à se jeter du haut du Temple en bas, le Très-Haut étant censé le protéger: Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder. Mais Jésus lui répond par un passage du Deutéronome : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. C’est sûr, le tentateur et Jésus n’ont pas la même lecture des Ecritures.

Vaincu, le diable fuit, voyant que Jésus n’est pas tombé dans le piège de la puissance, de la gloire.

Nous aussi, nous sommes tentés par le mal, souvent séducteur, et nous pouvons interpréter les Ecritures à notre avantage. Pour comprendre, nous sommes guidés par l’Esprit Saint de notre baptême, comme le fut Jésus au désert. Alors, pendant ces 40 jours qui précèdent la victoire de Pâques sur le mal, essayons nous aussi de vaincre les tentations de facilité, car nous pourrions tomber de haut !                                                                                                                                     

Odile Rebeyrat